Google laisse les écoles refuser l’IA, mais leur retire aussi la recherche

Google permet aux écoles de désactiver ses outils d’IA, mais celles qui refusent perdent aussi son moteur de recherche. Un vrai choix pour les établissements ?

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Photo d’illustration : Google headquarters

Photo d’illustration · OutreachPete · CC BY 2.0 · Wikimedia Commons

Google annonce que les écoles pourront refuser ses outils d’intelligence artificielle (IA), ces programmes capables de rédiger des textes et de répondre à des questions. Mais, selon Ars Technica, un établissement qui dit non perd aussi l’accès au moteur de recherche Google pour ses élèves. Que vaut un choix quand un seul fournisseur détient les deux outils dont les classes dépendent chaque jour ?

Un refus possible, à un prix précis

Cette décision compte, car les produits éducatifs de Google sont très présents dans les écoles. Ars Technica l’explique par l’omniprésence des Chromebooks, ces ordinateurs portables bon marché de la marque, même si l’entreprise cherche à aller au-delà.

Ce que décident les directions d’école touche d’abord les élèves : ce qu’ils pourront consulter, et avec quelle aide, pour leurs devoirs. Selon Ars Technica, Google a consulté des enseignants, des chercheurs et des élus avant de revoir son approche pour l’enseignement scolaire américain, de la maternelle à la fin du lycée (le « K-12 »). L’article décrit ce système scolaire et ne précise pas si ce réglage s’appliquera ailleurs, notamment en Belgique, en France, en Suisse ou au Québec.

Résultat : dans les écoles qui utilisent ses produits éducatifs, les outils d’IA seront désactivés par défaut. Les administrateurs devront les activer manuellement quand ces changements arriveront, « dans les prochains mois », écrit le média. Sur le papier, c’est un geste de prudence.

Quatre outils, un seul interrupteur

Le piège apparaît quand on regarde ce que Google appelle « outil d’IA ». Selon Ars Technica, quatre produits sont concernés : Gemini (l’assistant conversationnel de Google), Gemini Notebook (un autre outil de la gamme Gemini), Gemini dans Classroom (la plateforme de travail en ligne des enseignants) et Google Search, le moteur de recherche.

Il n’y a pas de menu à la carte. L’école active toute l’IA ou n’en active aucune. Ars Technica qualifie cette offre de « marché faustien » (« Faustian bargain »), c’est-à-dire un échange où l’on obtient quelque chose en cédant sur un point essentiel. Le média ajoute que ce choix est cohérent avec ce que Google fait déjà auprès du grand public : ses dirigeants ont dit clairement que la recherche Google est une recherche par IA.

En pratique, la plupart des requêtes affichent en haut de page un résumé généré par l’IA, appelé « AI Overview ». Google pousse aussi les internautes vers « AI Mode », un mode où l’on discute avec un assistant plutôt que de parcourir une liste de liens.

Dans une déclaration au New York Times, le vice-président de Google chargé de l’éducation, Chris Phillips, a résumé la position : « La recherche et l’IA sont profondément intégrées ». Si une école choisit de ne pas activer l’IA, ses élèves « n’auront pas accès à la recherche » et verront un message de leur établissement indiquant qu’elle n’est pas disponible.

En clair : l’interrupteur existe, mais il coupe aussi une fonction que presque tout le monde utilise chaque jour.

Une version de la recherche sans IA, que Google ne propose pas

Il ne s’agit donc pas d’une contrainte technique, d’après Ars Technica. Google pourrait créer une version de sa recherche pour les écoles sans outils d’IA, mais ne le fait pas. L’entreprise crée plutôt deux versions de l’IA dans la recherche.

Si l’école active l’IA pour les comptes des élèves, elle choisit entre l’assistant standard, fondé sur Gemini, et une version nommée « Guided Learning » (apprentissage guidé). Celle-ci existe dans Classroom et dans la recherche. Elle doit offrir un tutorat individuel et une aide sans livrer toutes les réponses.

La promesse a une réserve, que Google formule lui-même : tous ses produits d’IA générative peuvent faire des « erreurs ». Ars Technica en tire une conclusion prudente : il pourrait ne pas être difficile de convaincre l’assistant de faire les devoirs à la place de l’élève. L’article ne rapporte aucun test précis à ce sujet.

Le pari de Google, et ses limites

Ce qui suit est de l’analyse, tirée de la lecture d’Ars Technica. Le média estime que Google parie que les écoles ne voudront pas renoncer à sa recherche et accepteront donc l’IA. Résultat possible : des élèves exposés à l’IA tôt et souvent, ce qui pourrait changer leur façon d’utiliser les outils numériques. Google, de son côté, voit dans l’IA l’avenir de la recherche, toujours selon l’article.

Une question reste ouverte, posée ici par TokenDose : une offre où refuser un produit coûte l’accès à un autre est-elle un vrai choix, ou une façon de pousser les écoles vers l’IA ? Les sources fournies ne permettent pas de trancher sur les intentions de l’entreprise.

Il existe une issue : Ars Technica note que les écoles qui n’aiment pas cette approche peuvent passer à d’autres moteurs, comme DuckDuckGo, qui permet de désactiver les fonctions d’IA. Reste à savoir si elles le feront. Changer de moteur, c’est aussi reconfigurer des appareils et des habitudes d’enseignants et d’élèves.

Les questions à se poser côté francophone

Rien dans l’article n’indique que cette offre s’applique déjà en Belgique, en France, en Suisse ou au Québec. Mais la question touche tous les établissements qui utilisent des outils Google. Quelques pistes de vigilance, pour un directeur comme pour un parent :

  • Quels produits Google l’école utilise-t-elle, et quel est le réglage par défaut pour les comptes des élèves ?
  • Qui décide d’activer l’IA : la direction, les enseignants, le pouvoir organisateur ?
  • Si l’IA est activée, l’école choisit-elle la version « guidée » ou l’assistant standard, et sur quelle base ?
  • Si elle est refusée, quelle solution de recherche remplace Google, et à quel coût pour les enseignants ?

Le fond de la question dépasse Google. Quand un seul fournisseur couvre le moteur de recherche, l’assistant et la plateforme de classe, chaque refus devient plus coûteux. Les établissements verront à l’usage si le réglage « sans IA » reste tenable pour leurs élèves.

Sources

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