Fujifilm mise 63 millions de dollars sur la bande magnétique à l’ère de l’IA

Fujifilm veut multiplier par cinq sa capacité de production de bandes magnétiques, car l’IA fait exploser les besoins d’archivage, dit le groupe.

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Une cartouche de bande magnétique posée dans un tiroir ouvert, face à un mur de serveurs lumineux

Quand on parle d’IA, on pense aux puces et à l’électricité. Fujifilm rappelle un autre poste de dépense, plus discret : garder les données. Le groupe japonais investit environ 10 milliards de yens, soit 63 millions de dollars, pour produire cinq fois plus de bandes magnétiques, un support sur lequel il travaille depuis les années 1950.

Ce que Fujifilm a annoncé

Ce qui est en jeu : quand un fabricant de stockage ouvre le portefeuille, il indique où il pense que l’argent va couler. Voici les faits, rapportés par Ars Technica.

Dans une annonce publiée jeudi, Fujifilm dit investir environ 10 milliards de yens (63 millions de dollars) pour porter sa capacité de production à cinq fois son niveau de l’exercice 2025. L’argent ira à l’usine de Kanagawa, sur le site d’Odawara. Fujifilm parle du « plus gros investissement jamais réalisé » dans ses installations dédiées aux bandes de format LTO. Le projet court de l’exercice 2026 à l’exercice 2028. Il finance l’extension de la fabrication et des embauches, principalement pour produire la dernière génération, la « LTO Ultrium10 ».

En clair : il s’agit d’une capacité de production, c’est-à-dire de ce que l’usine pourra fabriquer. Ce n’est pas un volume vendu. L’annonce ne dit pas que les clients achèteront cinq fois plus de bandes.

Pourquoi l’IA fait gonfler les archives

Ce qui est en jeu : si l’IA pèse sur le stockage, tout acteur qui l’utilise finit par payer pour garder ce qu’elle produit.

Fujifilm attribue la hausse de la demande d’archivage à l’essor de l’IA générative, celle qui produit du texte, des images ou des vidéos. Selon le groupe, elle provoque une « croissance exponentielle » des besoins en données dans le monde. « Exponentielle » veut dire que le volume ne grimpe pas d’un même pas chaque année : il double, puis double encore.

La source ne détaille pas le mécanisme. On peut en imaginer plusieurs, à titre d’hypothèse. Chaque texte, image ou vidéo générés est un fichier de plus. Les entreprises peuvent garder les données qui ont servi à entraîner un modèle, ses versions successives, ou les traces de ce que les utilisateurs lui ont demandé. Ce sont des explications plausibles, pas des chiffres fournis par Fujifilm.

Une réserve s’impose. Fujifilm vend des bandes. Le groupe a intérêt à décrire une demande en plein boom. L’article ne cite ni statistique indépendante ni témoignage de client sur ce point. L’investissement de 63 millions de dollars montre que Fujifilm y croit assez pour engager de l’argent, mais pas que le marché lui donnera raison.

La bande magnétique, une cassette pour entreprises

Ce qui est en jeu : comprendre pourquoi une technologie que le grand public a abandonnée tient toujours dans les salles de serveurs.

Imaginez une cassette audio des années 1980, version professionnelle. Un long ruban plastique, couvert de minuscules grains magnétiques qui retiennent l’information, est enroulé dans un boîtier. On le range sur une étagère, puis on le glisse dans un lecteur quand on en a besoin. Pour retrouver un fichier, il faut en général dérouler le ruban : c’est plus lent qu’un disque, donc la bande sert à garder, pas à consulter tous les jours.

Selon Ars Technica, le grand public a délaissé la bande depuis des décennies, mais pas le monde de l’entreprise. Les géants du cloud, c’est-à-dire de l’informatique « en nuage », s’en servent pour sauvegarder d’immenses masses de données. Fujifilm retrace son propre parcours : un premier produit LTO en 2000, des bandes à particules de ferrite de baryum produites en série dès 2011, puis en 2025 la LTO Ultrium10, qui combine ferrite de baryum et ferrite de strontium. Le groupe appelle cette combinaison « particules magnétiques hybrides fines ». D’après l’article, chaque génération, la dixième aujourd’hui, a augmenté la capacité de stockage.

En clair : la bande n’est pas une relique. C’est un produit qui continue d’évoluer, sur un marché que le grand public ne voit plus.

Deux arguments : le prix et la copie hors ligne

Ce qui est en jeu : le coût du stockage et la protection contre les pirates, deux soucis que toute organisation connaît.

Fujifilm avance d’abord le coût. Selon le groupe, les grands opérateurs de cloud et de centres de données élargissent leur usage de la bande parce qu’elle permet de stocker de gros volumes à un coût relativement bas. L’article ne donne aucun prix. L’avantage reste donc une affirmation de fabricant.

Le second argument est la sécurité. Une cartouche se débranche facilement et se range dans un tiroir, un coffre ou un autre bâtiment. Fujifilm parle d’« air gap », une coupure physique entre la copie et le réseau : sans lien, impossible de l’atteindre à distance. Le groupe y voit une « dernière défense » pour les données. Il écrit, dans la traduction de l’article : face à la sophistication des cyberattaques, la bande attire une attention croissante pour protéger les données contre des menaces comme les rançongiciels. Un rançongiciel est un logiciel malveillant qui chiffre vos fichiers et réclame de l’argent pour les rendre.

En clair : une copie qui n’est pas connectée ne peut pas être chiffrée par un pirate à distance. Cela ne dispense pas de vérifier que cette copie est à jour et qu’on sait la relire.

Ce que cela peut signifier pour une PME ou un indépendant

Ce qui est en jeu : vos propres données, qui s’accumulent aussi, avec ou sans IA.

L’article parle de géants du cloud, pas de petites structures. Il ne dit rien du prix d’un lecteur de bande ni de son intérêt pour un indépendant. Rien ne prouve que la bande soit le bon choix à cette échelle. Le principe, lui, se transpose. Trois questions simples :

  • Quelles données seraient impossibles à reconstituer : contrats, fichiers clients, comptabilité, archives de projets ?
  • Existe-t-il une copie qui n’est pas branchée en permanence à l’ordinateur ou au réseau ? Un disque dur externe rangé dans un tiroir en est une forme simple.
  • A-t-on déjà essayé de restaurer cette copie, pour vérifier qu’elle fonctionne ?

La suite reste ouverte. La demande annoncée par Fujifilm est celle que décrit un fabricant : aucun client ne la confirme dans l’article. À observer dans les prochains mois : d’autres fabricants de bandes suivront-ils, et les opérateurs de cloud diront-ils eux-mêmes que l’IA les pousse à archiver davantage ?

Sources

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