Parcoursup remplacé en 2028 : critères publics dès 2027, rôle de l’IA flou
Le gouvernement veut remplacer Parcoursup par un système doté d’IA en 2028 et publier les critères dès 2027. Transparence réelle ou boîte noire de plus ?
Après Admission Post Bac puis Parcoursup, l’État français annonce un troisième outil pour répartir les bacheliers dans le supérieur, cette fois « enrichi par l’intelligence artificielle ». L’annonce répond à des semaines de manifestations qui dénoncent l’opacité du système actuel. Reste une question simple : ajouter de l’IA, est-ce réduire la boîte noire ou en fabriquer une plus sophistiquée ?
Ce que le gouvernement a annoncé
Selon ZDNet France, le gouvernement a présenté plusieurs annonces pour répondre aux manifestations qui agitent le pays depuis plusieurs semaines. Parcoursup est visé : ses élèves critiquent régulièrement son fonctionnement et son manque de clarté.
Le calendrier s’étale sur deux temps.
- En novembre : un comité de réforme réunissant enseignants et lycéens doit être mis en place. L’élaboration du futur système sera aussi soumise à un débat au Parlement.
- En 2027 : en attendant le successeur, « les critères d’examen des vœux de chaque formation seront rendus publics et compréhensibles par tous ». Chaque refus d’accès à une formation sera expliqué, et les étudiants bénéficieront d’un droit à l’erreur.
- À partir de 2028 : déploiement espéré du nouveau système, avec plusieurs pistes de simplification évoquées.
C’est dans ce dernier volet qu’apparaît l’IA. Le gouvernement « envisage la possibilité » de proposer un « outil d’orientation enrichi par l’intelligence artificielle ». Selon ZDNet, cet outil s’appuierait sur les résultats des campagnes d’orientation précédentes pour assister les lycéens dans leurs choix et leurs parcours.
Le vocabulaire compte. Le titre de l’article parle d’un remplacement acté. Le corps du texte, lui, emploie le conditionnel pour l’IA : elle est « envisagée », pas décidée dans le détail. Il s’agit donc d’une orientation politique, à confirmer par la concertation et le débat parlementaire.
Ce que la source ne dit pas
Le texte de ZDNet laisse plusieurs zones d’ombre. Elles méritent d’être posées comme des questions ouvertes, sans y répondre à la place du gouvernement.
- Quel rôle exact pour l’IA ? Le texte parle d’un outil d’orientation qui assiste les lycéens. Il ne dit pas si l’IA interviendrait aussi dans l’examen des candidatures par les formations. Les deux usages posent des problèmes très différents : conseiller un élève n’est pas trier des dossiers.
- Qui la conçoit ? Administration, prestataire privé, équipe de recherche : rien n’est précisé.
- Sur quelles données ? L’outil utiliserait les « résultats des campagnes d’orientation précédentes ». Or les choix passés reflètent aussi les inégalités passées. Un système qui apprend de l’historique peut reproduire ses biais. C’est un risque général des modèles entraînés sur des décisions antérieures, pas une affirmation sur cet outil, dont on ignore tout du fonctionnement.
- Comment contester un refus ? Les refus seront expliqués, promet l’exécutif. La source ne détaille pas la voie de recours si l’explication paraît insuffisante ou erronée.
Ces points ne sont pas des reproches : le projet n’en est qu’au stade des annonces. Ils indiquent plutôt ce que le comité de réforme et le Parlement devront trancher.
Un historique de transparence à moitié tenue
La promesse actuelle s’inscrit dans une longue série. Selon ZDNet, dès 2017, Admission Post Bac était déjà vivement critiqué pour son opacité. La Cnil était intervenue dans le débat pour demander au ministère de mieux informer les étudiants sur le fonctionnement de l’algorithme.
Parcoursup devait corriger ce défaut. Le ministère a ouvert une partie du code source au public. Mais certains observateurs jugeaient ce premier pas insuffisant. Les algorithmes locaux utilisés par chaque rectorat pour opérer un premier tri des demandes sont restés longtemps inaccessibles. Le sujet est allé en justice : les associations ont obtenu gain de cause en 2020, à la suite d’une décision du Conseil constitutionnel.
La même année, un rapport de la Cour des comptes estimait que le code publié par le ministère représentait environ 1 % des lignes de code. Depuis, toujours selon ZDNet, les associations qui ont tenté d’obtenir une ouverture plus large n’ont pas eu gain de cause.
Le journaliste en tire une conclusion nette : les promesses de transparence sur le nouveau système « partent avec un handicap ». Le mot est fort, mais il s’appuie sur un fait vérifiable : la dernière promesse de transparence a été tenue de façon partielle.
Publier les critères, est-ce suffisant ?
L’engagement de 2027 est concret et mesurable : critères publics, refus expliqués. C’est un progrès par rapport à une situation où les élèves disent ne pas comprendre pourquoi ils sont refusés. Mais plusieurs nuances s’imposent.
Publier un critère n’explique pas son poids. Dire qu’une formation regarde les notes, la lettre de motivation et le profil ne dit pas comment ces éléments sont pondérés. Une transparence utile précise l’ordre de grandeur de chaque critère.
Une explication de refus peut rester formelle. Une phrase standard répétée à des milliers de candidats respecte la lettre de la promesse sans éclairer personne. La qualité de l’explication sera le vrai test, et elle ne se mesure qu’à l’usage.
Transparence du code et transparence de la décision sont deux choses. Avec un algorithme classique, lire les règles permet en principe de comprendre le résultat. Avec un modèle d’IA entraîné sur des données, lire le code ne suffit pas toujours : le comportement dépend aussi des données d’apprentissage et des paramètres appris. Si le futur système repose sur ce type de modèle, la question de ce qu’il faut publier changera de nature. Le texte ne dit pas si c’est le cas.
La concertation arrive avant le détail technique. Le comité de novembre et le débat parlementaire sont l’occasion de poser ces conditions avant la conception, pas après. C’est un moment favorable, à condition que les lycéens y pèsent réellement.
Ce que ce cas enseigne à toute organisation
Pas besoin d’être un ministère pour être concerné. Une PME qui trie des candidatures, un service qui attribue des aides ou une banque qui note des dossiers font face au même dilemme dès qu’un algorithme influence une décision sur une personne. L’épisode Parcoursup suggère trois réflexes de base :
- Expliquer les critères en langage clair, avant la décision et non après la contestation.
- Garder un humain responsable : une personne identifiable, capable de répondre de la décision, même si un outil l’a préparée.
- Prévoir un recours réel : un canal, un délai et une possibilité de révision, pas seulement une explication.
Sur le dossier lui-même, plusieurs éléments restent à observer dans les mois qui viennent : la composition du comité de novembre, la place de l’IA dans le cahier des charges, la part du code et des critères effectivement publiée en 2027. Et surtout une question que le texte laisse ouverte : si l’IA conseille les élèves sur la base des campagnes passées, qui vérifiera qu’elle n’oriente pas chacun vers ce que des élèves comparables ont déjà choisi ?