Super Mario tourne dans une IA chinoise : ce que l’expérience révèle
Un chercheur a logé un émulateur de NES dans les poids du modèle Qwen3.5-4B. Super Mario y tourne, très lentement : une leçon sur ce qu’est un modèle d’IA.
Super Mario Bros tourne… à l’intérieur d’un modèle d’IA. Le chercheur Drew Breunig a logé un émulateur de console NES dans les poids de Qwen3.5-4B, un modèle chinois en libre accès, rapporte Simon Willison. Gadget de geek, certes, mais aussi une façon très concrète de voir ce qu’est vraiment une IA.
Ce que Drew Breunig a fait, en clair
Ce qui est en jeu : savoir si l’on a affaire à un simple tour de passe-passe ou à quelque chose qui dit vraiment quelque chose des modèles d’IA.
Les faits d’abord. La NES, ou Nintendo Entertainment System, est une console de jeux vidéo. Son cerveau est un processeur nommé 6502. Un émulateur est un programme qui imite une machine : celui-ci fait semblant d’être ce processeur et sa mémoire, ce qui permet de lancer sur un autre appareil des jeux écrits pour la console. Les fichiers de jeux s’appellent des ROM.
Selon Simon Willison, Drew Breunig a « cuit » un émulateur fonctionnel du processeur 6502 de la NES dans les poids de Qwen3.5-4B. Résultat : on peut lancer des ROM de la NES, comme Super Mario Bros, qui s’exécutent « à l’intérieur » du modèle. Willison précise que cela se joue « très lentement ».
En clair : le jeu n’est pas lancé à côté du modèle. Il tourne grâce aux nombres qui constituent le modèle lui-même.
Les « poids » : ce que contient vraiment un modèle
Ce qui est en jeu : cesser de se représenter une IA comme un cerveau mystérieux.
Un modèle comme Qwen3.5-4B est un fichier. À l’intérieur, il n’y a ni phrases ni pensées, mais une immense collection de nombres que l’on appelle les poids. Le « 4B » du nom désigne en général 4 milliards de paramètres, c’est-à-dire de ces nombres. Quand vous posez une question à un assistant, votre texte est converti en chiffres, passe par des calculs qui utilisent tous ces poids, et ressort sous forme de mots.
Les valeurs de ces poids sont ordinairement trouvées par entraînement : le modèle lit d’énormes quantités de textes et ajuste ses nombres petit à petit. L’expérience de Drew Breunig montre que l’on peut aussi les fixer dans un autre but. Ici, ils servent à exécuter un programme précis, celui d’une puce de console des années 1980.
En clair : un modèle est une grande table de nombres. Selon la manière dont on la remplit, elle peut compléter des phrases… ou jouer le rôle d’un processeur.
La source ne détaille pas la technique employée pour y parvenir, ni la vitesse mesurée. Nous ne les inventons pas.
Une filiation, et un assistant d’IA à la manœuvre
Ce qui est en jeu : comprendre d’où vient l’idée, et à quel point la fabrication d’un tel objet a été automatisée.
Le projet, baptisé nesformer, s’inspire de qwenputer, un travail de Divyansh Agrawal, que Drew Breunig cite comme point de départ. Simon Willison relaie l’annonce sur son blog, dans un billet publié le 30 octobre 2026.
Il rapporte aussi un détail révélateur. Dans un commentaire sur le site Hacker News, Drew Breunig a dévoilé les requêtes qu’il a envoyées à un assistant d’IA, Opus 5.5. Il lui demande de lire l’article sur qwenputer, puis d’explorer s’il serait possible d’émuler la puce et la mémoire de la NES avec la même technique. Il ajoute : « Construisons-le ! Juste pour le plaisir. » Il précise que ce n’est pas grave si c’est lent. Il veut les poids et un outil en ligne de commande pour les faire tourner sur une ROM.
Toujours selon Simon Willison, Opus aurait trouvé puis utilisé une collection de tests de conformité du processeur de la NES, publiée il y a quinze ans par Christopher Pow. Willison écrit « apparemment » : il rapporte ce qu’il a compris, sans l’affirmer comme acquis.
En clair : une IA a aidé à fabriquer un programme destiné à vivre dans une autre IA. Qui a fait quelle part du travail, la source ne le dit pas au-delà de ces requêtes.
Pourquoi un modèle chinois en libre accès n’est pas un détail
Ce qui est en jeu : qui peut toucher aux modèles, et qui en reste simple utilisateur.
Qwen est une famille de modèles développée par le groupe chinois Alibaba. Qwen3.5-4B est diffusé en libre accès : n’importe qui peut en télécharger les poids, les examiner et les modifier sur son propre ordinateur. C’est ce qui rend l’expérience possible. Avec un modèle fermé, accessible seulement par un service en ligne, personne ne peut réécrire ses nombres.
Le choix de Qwen n’est donc pas une prise de position géopolitique, et la source ne le présente pas ainsi. Il illustre pourtant un rapport de force réel dans l’IA : les laboratoires chinois publient des modèles que le monde entier peut bricoler, tandis que d’autres acteurs gardent les leurs derrière une interface. Ce qu’on peut faire avec un modèle dépend largement de ce qu’on a le droit d’ouvrir.
Lent, inutile, mais instructif
Ce qui est en jeu : savoir quoi retenir d’une démonstration qui ne sert à rien.
Les limites sont claires. Le jeu tourne très lentement, comme le précise Simon Willison. Il n’existe aucun usage pratique : un vrai émulateur sur un ordinateur ordinaire fait la même chose, bien plus vite. Drew Breunig le dit lui-même : c’est « juste pour le plaisir ».
La leçon est ailleurs. Une IA n’est pas une boîte magique qui « pense ». C’est un objet de calcul dont on peut inspecter, et ici réécrire, le contenu. Cela invite à se poser de bonnes questions devant les annonces du secteur. Que fait réellement un modèle quand on lui pose une question ? Qu’est-ce qui, dans ses poids, relève de l’entraînement, et qu’est-ce qui a pu y être inséré après coup ?
Une question reste ouverte, et la source n’y répond pas : que devient la capacité du modèle à converser une fois ses poids employés à émuler une console ? Pour y voir clair, il faudrait aller lire le code du projet.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Quelle IA choisir ?