Chrome : une faille sur dix corrigée en octobre est créditée à Anthropic
Selon ActuIA, 72 des 731 failles corrigées dans Chrome en octobre sont créditées à Anthropic. Côté Firefox, Epoch AI décrit des attaques bâties en 48 heures max.
En octobre, Google a corrigé 731 failles dans Chrome pour ordinateur. Selon le relevé d’ActuIA, 72 d’entre elles sont créditées à Anthropic ou à son chercheur Xinyang Ge : environ une sur dix. Fin octobre, The Decoder rapporte une étude d’Epoch AI : une IA librement téléchargeable peut transformer un correctif public en attaque. La même capacité sert donc la défense et l’attaque.
Une faille sur dix, un seul nom
En jeu pour le lecteur : le navigateur est la porte d’entrée du travail quotidien, et ses failles sont les clés qu’un attaquant cherche. Savoir qui les trouve, et à quelle vitesse, change le délai pour réagir.
ActuIA a relevé les onze bulletins de sécurité de Chrome pour ordinateur publiés par Google entre le 15 septembre et le 29 octobre 2026. Un bulletin de sécurité est la note publique où Google liste les failles corrigées dans une mise à jour, avec le nom de la personne ou de l’entreprise qui les a signalées. Sur 929 failles listées, 77 portent le nom de Xinyang Ge ou d’Anthropic. Le premier signalement date du 10 septembre, le dernier du 23 octobre.
Pour le seul mois d’octobre, sept mises à jour de sécurité listent 731 failles, dont 72 créditées à Anthropic ou à son chercheur. La part varie beaucoup d’un bulletin à l’autre : 14 sur 247 pour Chrome 155 (6 octobre), 15 sur 353 pour Chrome 156 (20 octobre), mais 15 sur 37 le 13 octobre, 5 sur 10 le 15 et 18 sur 52 le 27. Ce dernier jour, cela fait plus d’une faille sur trois.
Le crédit est concentré. Hormis deux lignes, les 77 citent le même chercheur : 49 sous « Xinyang Ge » seul, 26 sous « Xinyang Ge (Anthropic), assisted by Claude » (Claude est l’assistant d’IA d’Anthropic), et deux sous « Anthropic and Ada Logics », une société de conseil en sécurité. Précision de méthode : ActuIA rattache à Anthropic les lignes créditées au seul nom de ce chercheur, contributeur du billet de l’entreprise.
Critique, élevée, « TBD » : lire les chiffres
En jeu : savoir si ces failles sont des broutilles ou des brèches sérieuses.
Les bulletins classent les failles par gravité. Selon ActuIA, 18 des 77 sont « critiques » et 59 « élevées », aucune « moyenne » ni « faible ». « Critique » se situe en haut de cette échelle : ce sont les failles jugées les plus lourdes de conséquences pour l’utilisateur. Ce lot ne contient donc pas de broutilles, ce qui concorde avec le billet publié par Anthropic.
Autre repère : la colonne de récompense des bulletins, où Google indique la prime versée au chercheur quand il y en a une. Ici, toutes les lignes affichent « N/A » ou « TBD », c’est-à-dire « à déterminer ». ActuIA note que les 15 failles créditées à OpenAI Codex Security, l’outil d’audit de code d’OpenAI, sont dans le même cas. Aucune prime affichée ne veut pas dire aucune prime versée : les sources ne le disent pas.
Une réserve : les chiffres ne se recoupent pas parfaitement. Anthropic écrit que « 62 CVE ont été attribuées et corrigées » dans Chrome jusqu’à la version 156. Un CVE est un numéro public d’identification d’une faille. Le décompte d’ActuIA donne 55 failles créditées à la sortie de Chrome 156 et 73 le 27 octobre, jour du billet : les 62 annoncés se situent entre les deux. Anthropic ne publie pas la liste de ses 62 CVE, et Google ne mentionne Claude que sur 26 lignes. Le rapprochement ligne à ligne est donc impossible.
Le billet vient de l’équipe Frontier Red Team d’Anthropic, dont Xinyang Ge est l’un des sept contributeurs. Il présente un modèle de recherche interne, non commercialisé, auteur de chaînes d’attaque contre Chrome, Safari, Android et Linux.
L’autre face : quand le correctif devient une carte au trésor
En jeu : la même IA qui aide à trouver les failles peut aider à les exploiter, et le temps entre « corrigé chez l’éditeur » et « installé chez vous » devient le moment dangereux.
Selon The Decoder, Epoch AI a travaillé sur Firefox, le navigateur de Mozilla, et non sur Chrome. Un « modèle à poids ouverts » est un modèle d’IA dont les paramètres sont téléchargeables : n’importe qui peut l’utiliser, sans passer par un guichet contrôlé. C’est le cas du modèle chinois GLM 5.3. D’après l’étude, il a repéré dans le code public de Firefox les modifications qui sont en réalité des correctifs de sécurité, présentés comme des améliorations banales.
C’est le « patch gap » : la fenêtre pendant laquelle un correctif est visible dans le code, mais n’est pas encore arrivé chez les utilisateurs. Le modèle a exploité cette fenêtre sur six versions de Firefox sorties entre le 17 septembre et le 26 octobre. Il a construit une page web capable de lire des fichiers locaux d’un visiteur. Coût d’une attaque réussie : environ 1 000 dollars de frais d’utilisation par version. L’attaque la plus rapide a pris 12 heures, pour une limite fixée à 48. Ni Z.ai, l’éditeur du modèle, ni les autres fournisseurs n’ont déclenché de blocage ou de refus.
Mozilla a été prévenu et a corrigé la faille utilisée dans Firefox 159.0, publiée le 27 octobre. Les chercheurs n’ont pas confirmé si des attaques similaires marchent contre cette version.
Et Chrome ? Avec la même méthode, l’équipe a dépensé environ 100 000 dollars sans obtenir d’attaque équivalente. Elle prévient que cela ne prouve pas l’immunité de Chrome : de meilleures méthodes ou des modèles plus capables pourraient réussir. Le rapport indique aussi que des attaques exploitant ce décalage ont visé Chrome en septembre 2026. En clair : personne ne démontre ici une brèche dans Chrome, mais le principe vaut pour tout logiciel dont les correctifs sont publics avant d’être installés.
Ce que cela change pour un utilisateur ou une PME
En jeu : un réflexe concret, vérifiable en deux minutes.
Pour les 77 failles de Chrome, ActuIA calcule un écart de douze jours en médiane entre le signalement et la publication du bulletin, de 3 à 41 jours. La moitié a donc été corrigée en moins de deux semaines chez Google. Reste le déploiement chez l’utilisateur. En octobre, deux mises à jour de sécurité n’ont jamais été séparées de plus de sept jours : un parc qui met deux semaines à déployer une version a toujours au moins une mise à jour de retard.
La version à exiger au 29 octobre, selon ActuIA, est 156.0.8078.79 sous Linux, et 156.0.8078.79 ou 156.0.8078.80 sous Windows et Mac. Pour vérifier la vôtre, ouvrez le menu de Chrome, puis « À propos de Google Chrome » : le navigateur cherche la mise à jour et demande un redémarrage.
Google prévient dans ses bulletins que l’accès aux détails d’une faille peut rester restreint « jusqu’à ce qu’une majorité d’utilisateurs ait reçu le correctif ». Epoch AI note de son côté que Firefox et Chrome ont commencé à publier des mises à jour hebdomadaires, et conseille de garder les correctifs privés jusqu’à la sortie.
Pour une PME, la leçon est organisationnelle : activer les mises à jour automatiques, imposer le redémarrage du navigateur, et ne pas oublier les appareils qui se mettent à jour rarement, comme les routeurs, que les chercheurs jugent particulièrement exposés.
Qui en tire profit ? Les questions qui restent
Les sources établissent des faits, pas des intentions. Une entreprise d’IA américaine signe une part visible des corrections d’un produit de Google. Le jour du bulletin du 27 octobre, elle publie un billet sur ses capacités de recherche de failles. Anthropic laisse 90 jours aux éditeurs pour corriger, puis attend 45 jours de plus avant de publier des détails. Son billet juge qu’analyser son propre code est « plus important que jamais ».
Reste ce que les sources ne tranchent pas. Quand un seul chercheur, assisté d’une IA, signe une part aussi visible des corrections, que gagne Google, et que gagne Anthropic ? Les primes marquées « TBD » seront-elles versées, et à qui ? Et si des modèles à poids ouverts atteignent le niveau des modèles fermés, les accès réservés aux défenseurs suffiront-ils ? Epoch AI estime que non : donner aux défenseurs de meilleurs modèles fermés ne règle pas, à lui seul, le problème structurel.
Ce que chacun peut observer : le numéro de version de son navigateur, et le délai réel entre la publication d’un correctif et son installation sur ses machines.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Quelle IA choisir ?Dossier : IA et sécurité