Sur Roblox, des amateurs recréent Elden Ring avec l’IA sans licence
Des amateurs reconstruisent Elden Ring et d’autres jeux célèbres dans Roblox avec l’aide de l’IA. Hommage, copie ou zone grise : ce que dit Numerama.
Un jeu à succès d’un grand studio peut-il être reconstruit en quelques jours par un amateur ? Sur Roblox, c’est ce que tentent des créateurs, avec l’aide de l’intelligence artificielle, comme le rapporte Numerama. Elden Ring, The Simpsons: Hit & Run et même l’interface d’une PlayStation 4 y sont déjà passés. La question du droit d’auteur reste largement ouverte.
Roblox, une plateforme où les joueurs fabriquent les jeux
Pour comprendre l’affaire, il faut savoir ce qu’est Roblox. Selon Numerama, c’est une plateforme en ligne où l’on joue à des milliers d’expériences créées par les utilisateurs eux-mêmes. On peut aussi y développer ses propres jeux grâce à Roblox Studio, l’outil de création de la plateforme. On y trouve des jeux de rôle, des simulateurs, des jeux de survie ou des expériences multijoueurs.
Ce qui change depuis quelques jours, d’après le média : des développeurs amateurs y reproduisent des jeux très connus d’autres studios, avec une fidélité parfois impressionnante. Les exemples s’accumulent.
En clair : Roblox n’est pas seulement un jeu, c’est un atelier ouvert à tous. Quand l’atelier s’équipe d’une IA, la production s’accélère.
Ce qui a été recréé : de la PS4 à Elden Ring
Le cas le plus visible est PlayStation Experience. Numerama indique que le créateur Redwing Works l’a mise en ligne le lundi 26 octobre, et que le YouTubeur KreekCraft l’a partagée sur X. Elle reproduit presque intégralement l’interface de la PS4 : écran d’accueil, trophées, galerie multimédia, navigateur. Depuis ce menu, on lance sept jeux recréés, dont The Simpsons: Hit & Run, Undertale et Five Nights at Freddy’s.
Un point mérite d’être précisé. Malgré son nom, cette expérience n’émule pas la console de Sony. Un émulateur est un logiciel qui fait tourner sur un appareil les programmes d’une autre machine. Ici, rien de tel : l’interface comme les jeux ont été reconstruits de zéro dans le moteur de Roblox, et aucun code d’origine de la PS4 n’y tourne.
Selon Eurogamer, cité par Numerama, certaines recréations, notamment celle de The Simpsons: Hit & Run, sont très proches des versions originales, malgré quelques bugs.
Elden Ring figure aussi parmi les jeux visés. Un projet baptisé Blox Ring reprend plusieurs éléments du jeu du studio FromSoftware : environnements à explorer, combats de boss et même affrontements en coopération. Numerama ne précise pas à quel point le projet est abouti ni qui le porte. Le média le présente comme un exemple parmi d’autres.
En clair : on ne parle pas de piratage au sens classique, c’est-à-dire de la distribution des jeux d’origine. On parle de reconstructions faites à la main, désormais assistées par une machine.
Le rôle de l’IA : comprendre un programme sans avoir ses plans
Selon Numerama, les auteurs s’appuient sur des assistants d’IA, notamment Claude, développé par Anthropic. Le média explique que son modèle Claude Opus 5.5 est réputé pour ses capacités de décompilation.
La décompilation, c’est quoi ? Un jeu est distribué sous forme « compilée » : un texte écrit par des humains a été traduit en instructions que seule la machine lit. Décompiler consiste à analyser ce programme fini pour en retrouver une représentation exploitable de son fonctionnement. C’est un peu comme deviner la recette d’un gâteau en le goûtant et en le disséquant. On parle aussi de rétro-ingénierie.
D’après Numerama, ce travail prenait des mois et peut désormais se faire en quelques heures. Le même article indique, plus largement, que des expériences qui auraient demandé des mois peuvent être créées en quelques jours. Ces deux délais viennent de la source et n’ont pas été vérifiés de façon indépendante.
L’IA ne fait pas que décompiler. Toujours selon Numerama, des assistants comme Claude peuvent aider à écrire des scripts, corriger des erreurs, comprendre du code existant ou adapter des mécaniques de jeu à un nouvel environnement. Avec Roblox Studio, cela rend un projet jouable comme Blox Ring plus facile à concrétiser.
En clair : l’IA joue le rôle d’un assistant très rapide qui lit le code, l’explique et aide à le réécrire dans un autre moteur. Ce qui freinait un amateur, c’est le temps et la technique ; ce frein s’affaiblit.
Droit d’auteur : une zone grise que la plateforme tente d’encadrer
Numerama est direct : ces recréations posent un problème de droits d’auteur. Aucune n’est un portage officiel, et leurs créateurs n’ont pas obtenu l’autorisation des ayants droit, c’est-à-dire des studios et éditeurs qui détiennent les jeux. Le média écrit que ces copies non autorisées contournent le programme de licences de Roblox.
Les conséquences se voient déjà. PlayStation Experience a disparu de Roblox dès le mercredi 28 octobre, après près de 180 000 visites (plus de 178 700 selon un autre passage de l’article). Numerama précise qu’on ignore si le retrait vient d’une demande des ayants droit ou de la modération de Roblox. Son créateur a aussitôt remis en ligne une copie quasi identique, rebaptisée Rostation Experience, comme l’explique GamesRadar le 29 octobre, d’après Numerama.
Une voie légale existe pourtant. Depuis juillet 2025, Roblox propose une plateforme de licences : les créateurs peuvent y utiliser des marques connues en partageant les revenus avec les ayants droit. Numerama indique qu’elle a encore été étendue en septembre 2026.
Le média avance une inquiétude : avec des assistants capables de reconstruire un jeu en quelques jours, la tentation d’exploiter d’autres licences est grande, et les éditeurs risquent de se retrouver face à une multiplication de copies difficiles à contrôler. C’est une analyse du média, pas un constat chiffré.
Ce que l’article ne dit pas : qui a saisi la justice, ce qu’un tribunal en penserait, ou si les éditeurs concernés ont réagi. Reste aussi une question ouverte : reconstruire un jeu sans reprendre son code d’origine suffit-il à échapper aux droits des auteurs, alors que le décor, les personnages ou l’univers pourraient eux aussi entrer en jeu ? La source ne tranche pas. À ce stade, aucune infraction précise n’est établie dans les éléments disponibles.
Ce que cela change pour un petit créateur
Pour un indépendant, un enseignant ou un petit studio francophone, la scène a deux faces. D’un côté, l’IA abaisse la barrière d’entrée : réaliser seul un projet jouable devient plus accessible, ce qui est une vraie ouverture. De l’autre, la même vitesse peut s’appliquer à ceux qui copient. Si recréer le travail d’un grand studio prend quelques jours, celui d’un petit créateur, moins surveillé, pourrait l’être aussi. C’est une hypothèse, pas un fait rapporté par Numerama.
L’exemple de Roblox suggère aussi que la plateforme est un acteur à part entière. Elle propose des licences, retire des contenus et laisse parfois revenir des copies sous un autre nom. Les règles de la maison pèsent donc autant que la loi dans la vie quotidienne des créateurs.
Quelques repères pour observer la suite sans trancher trop vite :
- Les éditeurs concernés réagiront-ils publiquement, ou laisseront-ils la modération agir ?
- Le programme de licences de Roblox attirera-t-il assez de créateurs pour concurrencer la copie sauvage ?
- Où placer la ligne entre s’inspirer d’un jeu, lui rendre hommage et le reproduire ?
Si vous créez du contenu, une habitude simple s’impose : vérifier ce que l’outil d’IA reprend de l’existant et à qui appartient ce que vous publiez. La réponse n’est pas forcément la même pour une idée, un décor ou un personnage.