Microsoft propose le départ à 60 000 salariés, sauf les équipes clés pour l’IA
Microsoft offre un départ volontaire indemnisé à environ un quart de ses effectifs, mais exclut data centers, cybersécurité et quantique. Que révèle ce tri ?
Photo d’illustration · Coolcaesar · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Microsoft ouvre la porte à environ 60 000 salariés, soit un quart de ses effectifs, avec une indemnité à la clé. Mais pas à tous : les équipes liées aux data centers, à la cybersécurité ou au quantique restent hors du dispositif. La même année, le groupe prévoit environ 170 milliards de dollars pour ses infrastructures d’intelligence artificielle.
Une offre de départ, pas un licenciement
Ce qui est en jeu : savoir si un quart d’un des plus grands employeurs de la tech est sur le départ. Pas exactement, et la nuance compte.
Selon The Decoder, Microsoft propose des indemnités de départ volontaire à environ 60 000 employés. Un départ volontaire, c’est le salarié qui choisit de partir et qui reçoit une somme en échange. L’entreprise n’impose rien. Ce chiffre de 60 000 désigne donc les personnes à qui l’offre s’adresse, pas le nombre de départs attendus. La source ne dit pas combien accepteront, ni à combien s’élèvent les indemnités.
Dans une note interne, la directrice des ressources humaines (Chief People Officer), Amy Coleman, présente ces offres comme « une autre façon d’adapter leurs effectifs à l’évolution des besoins ». Un porte-parole ajoute que Microsoft veut des salariés engagés à s’attaquer à ses problèmes les plus difficiles.
Le programme couvre les salariés des États-Unis, du Canada, de l’Inde et du Royaume-Uni, jusqu’au niveau de vice-président inclus. Aucun pays francophone d’Europe n’est cité dans la source.
Qui peut partir, qui est protégé
Ce qui est en jeu : le tri n’est pas le même selon les métiers. Il dit quelque chose des priorités de l’entreprise.
Selon The Decoder, quatre domaines sont entièrement inclus : Xbox (les jeux vidéo), Windows, Copilot et la finance. Quatre autres sont exclus : les data centers, les ventes, la cybersécurité et l’informatique quantique.
Un data center, c’est un grand bâtiment rempli de serveurs, les ordinateurs qui font tourner l’IA. L’informatique quantique est une autre famille de machines, différente des ordinateurs actuels. The Decoder décrit les domaines exclus comme « surtout importants pour la stratégie IA » de Microsoft. C’est l’analyse du média, pas une explication donnée par Microsoft dans les éléments disponibles.
En clair : les équipes qui construisent et protègent l’infrastructure, et celles qui vendent, sont gardées. Celles de plusieurs produits grand public sont concernées.
Un détail brouille toutefois la lecture « l’IA est protégée, le reste part » : Copilot, l’assistant IA de Microsoft, figure parmi les domaines entièrement inclus. Le critère n’est donc pas simplement « travailler sur l’IA ». La source ne détaille pas la logique de chaque inclusion ou exclusion.
Deuxième programme de l’année, effectifs au point mort
Ce qui est en jeu : comprendre si cette offre est un événement isolé ou un mouvement qui dure.
C’est le deuxième programme de ce type en 2026. En mai, Microsoft a proposé des rachats de départ à 8 750 salariés américains. En juillet, l’entreprise a supprimé 4 800 postes. Ces trois opérations se succèdent en moins de six mois.
Les effectifs, eux, n’ont presque pas bougé. Microsoft emploie environ 223 000 personnes, à peu près autant qu’en 2022, alors que son chiffre d’affaires a fortement progressé, toujours selon The Decoder. L’entreprise vend donc beaucoup plus avec le même nombre de salariés.
La source ne précise pas si l’offre actuelle vise à réduire ce total ou à renouveler les équipes. Les mots de la note interne, « adapter les effectifs », laissent les deux lectures ouvertes.
170 milliards de dollars pour l’infrastructure IA
Ce qui est en jeu : l’argent ne manque pas, il va ailleurs. C’est du moins ce que suggère le contraste avec l’emploi.
Selon The Decoder, le directeur financier Amy Hood indique que Microsoft prévoit de dépenser environ 170 milliards de dollars pour l’infrastructure IA en 2026. Le plan initial était de 175 milliards : la prévision est donc légèrement revue à la baisse.
Pour se repérer, deux calculs maison à partir de ces chiffres :
- 170 milliards de dollars sur une année, cela représente environ 466 millions de dollars par jour ;
- rapporté aux quelque 223 000 salariés, cela donne environ 760 000 dollars par employé.
Ces ratios ne figurent pas dans la source. Ils servent seulement à donner un ordre de grandeur. Ils ne disent pas non plus que cet argent remplace des salaires : un budget d’infrastructure (bâtiments, puces, électricité) et une masse salariale sont deux lignes différentes.
Ce que cela dit, et ce que cela ne dit pas
Ce qui est en jeu pour un salarié : savoir si les compétences IA deviennent un bouclier dans les grandes entreprises. Les éléments disponibles ne permettent pas de trancher.
Ce qui est établi : Microsoft propose un départ volontaire à environ un quart de ses effectifs, protège plusieurs domaines que The Decoder juge liés à l’IA, et prévoit un investissement massif dans l’infrastructure IA. La source ne dit pas que les investissements causent les départs. Elle ne dit pas non plus que travailler sur l’IA suffit à être protégé, puisque Copilot est inclus.
Plusieurs questions restent ouvertes :
- Combien de salariés accepteront l’offre, et dans quels domaines ?
- Les domaines exclus le resteront-ils lors d’un prochain programme ?
- D’autres grands groupes feront-ils le même tri entre équipes « critiques » et équipes « adaptables » ?
- Les salariés hors des quatre pays cités seront-ils concernés plus tard ?
Pour un salarié francophone, le signal est à lire avec prudence. L’offre concerne des pays précis, au sein d’une seule entreprise. Ce qu’on peut observer concrètement : dans quels métiers votre employeur recrute, dans lesquels il gèle les postes, et si les annonces mentionnent l’IA comme compétence attendue. C’est là que se verra, ou non, un tri comparable au sien.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : La bulle de l’IADossier : IA, emploi et formation