Dots, Codex, Agents API : OpenAI bâtit sa plateforme en Europe
À Berlin, OpenAI promet Dots à l’Europe et mise sur les développeurs. Derrière l’annonce, une plateforme qui pose la question de la dépendance pour les PME.
À Berlin, OpenAI a parlé de Dots, de Codex et de ses chiffres allemands. Mais selon The Decoder, l’essentiel était ailleurs : l’entreprise veut que les développeurs et les entreprises bâtissent leur activité directement sur son infrastructure. Pour une PME ou un indépendant francophone, la question n’est plus seulement « quel modèle est le meilleur ? », mais « que se passe-t-il si je veux partir ? »
Ce qu’OpenAI a réellement annoncé à Berlin
Le DevDay Exchange 2026 s’est tenu à Berlin. D’après The Decoder, OpenAI y a surtout repris des annonces déjà faites à San Francisco. Quelques détails nouveaux sont toutefois sortis, notamment sur l’Europe.
Premier point : Dots, l’assistant IA d’OpenAI. Romain Huet, responsable de l’expérience développeur chez OpenAI, a indiqué qu’il devrait être plus largement disponible en Europe « dans quelques semaines », après des discussions avec les régulateurs. Pour l’instant, les comptes Personal Pro de l’Espace économique européen, de la Suisse et du Royaume-Uni n’y ont pas accès. Certains comptes professionnels peuvent déjà l’utiliser.
Deuxième point : Codex, l’outil de programmation d’OpenAI. Selon l’entreprise, le nombre d’utilisateurs hebdomadaires actifs en Allemagne a été multiplié par vingt depuis janvier 2026. En juin, The Decoder rapportait une multiplication par plus de sept, toujours à partir de chiffres fournis par OpenAI. Le détail qui compte : aucun chiffre absolu n’est communiqué. Un « ×20 » peut décrire un petit point de départ comme une base déjà large.
OpenAI affirme aussi que près d’un utilisateur de bureau sur cinq utilise des « skills » pour des documents, des présentations ou des tableurs. Autrement dit, un outil pensé pour coder sert aussi au travail de bureau courant.
Vidéo, Sora : des choix dictés par les coûts
Lors de la séance de questions, quelqu’un a demandé pourquoi OpenAI ne propose toujours pas de modèle capable de comprendre des séquences vidéo, comme le fait Gemini de Google. La direction a répondu que les clients l’avaient très peu demandé. L’analyse d’images isolées reste donc la limite actuelle.
Le même panel a expliqué la fermeture du générateur vidéo Sora, en mars, par des besoins en ressources extrêmes. Les clients voulaient surtout des modèles de code et des agents. OpenAI n’exclut pas un retour ultérieur.
Ce que cela dit de la stratégie, c’est une hiérarchie : les agents et le code passent avant la vidéo. Reste une question ouverte que les sources ne tranchent pas : cette priorité répond-elle à la demande des clients, ou à la contrainte de puissance de calcul ? OpenAI invoque les deux.
Une plateforme, pas seulement des modèles
C’est le cœur de l’analyse de The Decoder. Avec l’Agents API, OpenAI fait tourner lui-même l’infrastructure des agents. Les plugins et les applications web offrent aux développeurs d’autres moyens de proposer leurs produits sur sa plateforme.
L’argument de vente est double : moins de travail technique, et un accès à ce qu’OpenAI présente comme 1,2 milliard d’utilisateurs hebdomadaires de ChatGPT. Ce chiffre vient d’OpenAI et n’est pas vérifié de façon indépendante dans les sources. Le modèle ressemble, note The Decoder, à celui des boutiques d’applications : les développeurs créent, OpenAI fournit l’infrastructure et le canal de distribution.
Codex Harness, l’environnement d’exécution sous-jacent, reste open source. Les développeurs peuvent lire le code et le faire tourner eux-mêmes. The Decoder estime que cela n’affaiblit pas la stratégie. Quiconque s’appuie sur des services gérés, des intégrations propres à la plateforme et la recherche de clients via ChatGPT aura probablement du mal à changer d’écosystème plus tard.
La distinction est utile. Un code ouvert garantit que vous pouvez comprendre l’outil. Il ne garantit pas que vous pouvez emporter vos clients, vos intégrations et votre hébergement ailleurs.
Google : la même bataille, un autre visage
OpenAI n’est pas seul sur ce terrain. À l’Android Dev Summit, Google a ouvert son environnement Android Studio, selon un second article de The Decoder. Avec la fonction « Bring Your Own Agent », les développeurs peuvent utiliser plus de 40 agents de code externes grâce au protocole ouvert Agent Client Protocol. Parmi eux : Claude Agent d’Anthropic, Codex d’OpenAI et Google Antigravity, installables depuis une place de marché intégrée.
Google propose aussi Android CLI comme plugin officiel pour Claude Code, Codex et Antigravity. Selon des tests internes de Google, les agents ont terminé des tâches d’interface 77 % plus vite, avec jusqu’à trois fois moins de jetons consommés. Ce sont des chiffres du fournisseur, pas une mesure indépendante.
Côté distribution, Google lance en préversion une Connected Apps Platform. Elle permet de relier des applications à Google Search et à l’application Gemini via le Model Context Protocol (MCP). Google affirme que plus de 50 intégrations de partenaires comme Adobe, Peloton et Experian sont déjà actives dans Gemini.
La lecture est nuancée. Google ouvre la porte aux agents concurrents dans son outil de développement, ce qui réduit la dépendance à un seul modèle. Mais son canal de distribution, lui, reste le sien. Chaque géant ouvre là où cela l’arrange et garde le contrôle là où se trouvent les clients. C’est une interprétation, pas une déclaration des deux entreprises.
Que regarder quand on est une PME ou un indépendant
Rien dans ces sources ne dit qu’il faut éviter OpenAI. Elles invitent plutôt à poser quelques questions avant de construire un outil sur une seule plateforme.
- Qu’est-ce qui est portable ? Un prompt, un script ou un code ouvert se déplacent. Une intégration propre à un service géré, beaucoup moins.
- Qui détient la relation client ? Si vos clients vous trouvent via ChatGPT, la plateforme contrôle la porte d’entrée.
- Quels standards sont utilisés ? Le fait que Google et d’autres s’appuient sur des protocoles ouverts comme ACP ou MCP est un indice : plus un outil les respecte, plus il est simple à remplacer.
- Avez-vous testé une alternative ? Même un essai ponctuel avec un second fournisseur donne une idée du coût réel d’un changement.
- Que couvre votre accès en Europe ? Dots n’est pas encore ouvert aux comptes Personal Pro de l’EEE, de la Suisse et du Royaume-Uni. Une fonctionnalité annoncée n’est pas une fonctionnalité disponible.
La croissance revendiquée de Codex en Allemagne montre que des développeurs européens adoptent ces outils vite. Elle ne dit pas dans quelles conditions ils pourront les quitter. C’est le point à surveiller dans les prochaines semaines : quand Dots arrivera pour les comptes individuels européens, à quelles conditions, et avec quelles intégrations propres à OpenAI.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Les agents IADossier : Europe, Chine, États-Unis