L’hébergeur OVHcloud annonce sa propre IA et critique Mistral, rival français
L’hébergeur français OVHcloud annonce un modèle d’IA souverain pour fin novembre et critique Mistral AI. Deux champions français : force ou dispersion ?
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Quand une entreprise utilise une intelligence artificielle, ses données sont traitées sur des serveurs, ces ordinateurs puissants installés dans des centres de données, et ces serveurs obéissent à un droit national. OVHcloud, grand hébergeur français qui loue de la puissance informatique à distance (ce que l’on appelle le « cloud »), annonce un modèle d’IA souverain d’ici fin novembre. Son fondateur, Octave Klaba, en profite pour critiquer Mistral AI, la start-up française de référence dans ce domaine.
L’information vient d’une chronique de ZDNet France. Elle pose une question simple : deux acteurs français qui se disputent les mêmes clients renforcent-ils l’Europe face aux géants américains, ou la divisent-ils ?
Ce que veut dire « souverain » pour une entreprise
Commençons par ce qui change pour celui qui utilise une IA au travail. Quand vous confiez un contrat, un dossier client ou un code informatique à un assistant, ces informations sont traitées quelque part. Où ? Par qui ? Sous quelle loi ? C’est cette question que recouvre le mot « souverain ».
Le terme n’a pas de définition unique. L’idée générale est que les données et le contrôle du service restent sous juridiction européenne, et ne dépendent pas de lois étrangères. ZDNet décrit le futur modèle d’OVHcloud comme « souverain, propriétaire et ouvert », et le présente comme hébergé sur des serveurs eux aussi souverains. La chronique ne précise pas ce que recouvrent exactement « propriétaire » et « ouvert », deux mots qui peuvent s’opposer : on ne sait donc pas encore dans quelle mesure l’entreprise cliente pourra en modifier le fonctionnement.
En clair : la promesse est un outil d’IA hébergé en Europe, que l’entreprise cliente peut adapter à ses besoins. La chronique cite des usages comme la cybersécurité, l’écriture de code ou l’automatisation de tâches métiers.
OVHcloud veut passer de la location de serveurs à l’IA
Cette ambition repose sur une première. Selon ZDNet, OVHcloud affiche, pour la première fois depuis son entrée en Bourse il y a cinq ans, une trésorerie disponible positive de près de 25 millions d’euros. Son chiffre d’affaires dépasse 1,14 milliard d’euros. La trésorerie disponible, c’est l’argent réellement dégagé une fois les dépenses payées : ici, une petite fraction du chiffre d’affaires, mais un solde enfin positif.
L’entreprise basée à Roubaix ne veut plus seulement louer des serveurs et des processeurs graphiques, ces puces très demandées pour faire tourner l’IA. Selon la chronique, elle vise toute la chaîne, « du silicium jusqu’aux logiciels d’entreprise ». Elle a racheté au printemps Dragon LLM, une société dont le nom renvoie aux modèles de langage, c’est-à-dire les programmes qui produisent du texte. Elle travaille aussi sur des architectures dites hybrides, conçues pour traiter de très longs textes en consommant moins d’énergie.
Le premier obstacle est financier. ZDNet avance qu’entraîner un modèle de pointe coûte aujourd’hui entre 150 et 200 millions d’euros. C’est près de six fois la trésorerie dégagée cette année par OVHcloud. La chronique ne détaille pas le budget prévu pour le modèle annoncé. On ne sait donc pas s’il s’agira d’un modèle de pointe ou d’un modèle plus modeste.
Octave Klaba vise le modèle économique de Mistral
C’est ici que la querelle éclate. ZDNet rapporte qu’Octave Klaba qualifie Mistral de simple société de services du numérique. Cette formulation est celle de ZDNet, pas une citation directe du dirigeant. Elle désigne les entreprises qui vendent surtout du conseil et des prestations informatiques, plutôt qu’un produit propre. Le fondateur d’OVHcloud reproche aussi à son rival de lever des milliards sans être rentable à ce jour.
ZDNet juge l’attaque « piquante », mais contestable. Le média rappelle que Mistral génère déjà plus de 300 millions d’euros de revenus annualisés. Ce chiffre extrapole sur une année les revenus actuels : il ne s’agit pas d’un bénéfice. La chronique ajoute que Mistral se concentre sur la performance de ses algorithmes.
Les deux entreprises ne jouent pas le même jeu. OVHcloud mise sur un modèle économique traditionnel et rentable. Le secteur de l’IA, lui, fonctionne sur des investissements colossaux, souvent à perte. Chacun peut donc critiquer l’autre avec ses propres arguments : l’un met en avant la solidité financière, l’autre ce que ses modèles savent faire.
Deux champions français : force ou dispersion ?
Ce qui suit est une analyse de TokenDose, pas un fait rapporté par la source. La chronique prend les « modèles américains » comme point de comparaison pour juger le futur modèle d’OVHcloud : c’est le signe que ces offres restent la référence du marché. Face à elles, deux entreprises françaises proposent chacune une voie.
Plusieurs lectures sont possibles. Une concurrence entre deux acteurs peut stimuler l’innovation et offrir plus de choix aux clients européens. À l’inverse, si OVHcloud vise un modèle de pointe, il faudra y consacrer 150 à 200 millions d’euros, une somme considérable. Faut-il engager cet effort deux fois en France pour des clients souvent identiques ? Les informations disponibles ne tranchent pas.
Les deux acteurs sont aussi, par nature, différents. Mistral développe des modèles. OVHcloud fournit l’infrastructure et veut maintenant y ajouter son propre modèle. On peut imaginer des complémentarités, mais ZDNet ne mentionne aucun projet commun.
Ce que l’entreprise cliente peut observer
Pour une PME ou un indépendant, la question n’est pas de choisir un camp. Le plus utile est de poser trois questions à tout outil d’IA : où mes données sont-elles hébergées, quel droit s’applique, et quelle qualité de réponse puis-je en attendre ?
Sur ce dernier point, ZDNet appelle à la prudence. Le futur modèle n’a pas encore été confronté à des tests publics comparant ses résultats à ceux de Mistral Large ou à ceux des modèles américains. La chronique rappelle qu’en entreprise, la maîtrise des coûts et la souveraineté ne doivent pas se faire au détriment de la précision des modèles.
La vraie réponse viendra de la fin novembre. Si OVHcloud tient son calendrier, des évaluations indépendantes permettront de juger le modèle, et de savoir si cette querelle française débouche sur une vraie alternative.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Europe, Chine, États-Unis