Zhiji vend sa LS8 électrique avec une IA « gratuite à vie »
Zhiji promet son assistant IA et ses aides à la conduite gratuits à vie sur la LS8 électrique, sous conditions. Ce que l’offre couvre et ce qui reste flou.
Acheter une voiture et recevoir de l’IA gratuite pour toute la vie du véhicule : c’est le message que le constructeur chinois Zhiji (IM Motors, marque liée au groupe SAIC) met en avant pour sa LS8 électrique. Selon le média chinois 量子位 QbitAI, l’offre existe bel et bien, mais elle est plus étroite que son slogan. Voici ce qu’elle contient, et ce qu’un acheteur devrait vérifier avant d’y croire.
Ce que Zhiji annonce vraiment
Ce qui est en jeu pour l’acheteur : savoir ce qui est réellement offert « à vie ». Selon QbitAI, il y a deux gratuités distinctes, chacune sous conditions.
La première concerne l’assistant IM Claw, un agent d’IA (un programme qui exécute des tâches à votre place, pas seulement des réponses vocales) développé avec Alibaba Qwen, le modèle d’IA du géant chinois Alibaba. Zhiji annonce que le « premier propriétaire non professionnel », c’est-à-dire dont la voiture n’est pas destinée à l’exploitation commerciale, l’utilise gratuitement à vie. La source ajoute que les « tokens » sont gratuits à vie. Un token est l’unité qui mesure l’usage d’une IA : à peu près un fragment de mot. En clair : c’est l’usage de l’IA qui ne serait pas facturé.
La seconde gratuité concerne les aides à la conduite : le « forfait complet d’aide à la conduite » est gratuit à vie pour ceux qui versent un acompte pendant la prévente. Rien n’indique, dans l’article, que cette offre survive à la fin de la prévente.
Le prix : deux versions « Max » en prévente. La première, avec une batterie de 93 kWh, est à 259 800 yuans (249 800 avec les avantages en argent). La seconde, avec 103 kWh, est à 279 800 yuans (269 800 avec les avantages). Cela représente environ 31 000 euros pour l’entrée de gamme, selon une conversion approximative de la rédaction à 8 yuans pour un euro, à vérifier au taux du jour. Une option à 20 000 yuans de plus ajoute une configuration six places.
Une IA à deux étages : Momenta et IM Claw
Ce qui est en jeu : comprendre ce que « l’IA » recouvre dans cette voiture. Il y en a au moins deux, aux rôles différents.
La conduite assistée s’appelle IM AD ZETA. Elle intègre la technologie de « modèle de monde » de Momenta, spécialiste chinois de la conduite assistée. Un modèle de monde, c’est une IA qui se construit une représentation de la route et de ses usagers, pour anticiper ce qui peut arriver plutôt que de réagir seulement à ce qu’elle voit. Selon QbitAI, il améliore la compréhension des scènes complexes et la prise de décision. La source ne donne aucun chiffre indépendant sur ce point : c’est l’affirmation du constructeur.
L’assistant IM Claw joue un autre rôle. D’après l’article, il peut appeler plusieurs applications, mémoriser les habitudes du conducteur, repérer plusieurs destinations dans une phrase, planifier l’itinéraire et même passer une commande de repas via un service externe. En clair : on parle à la voiture comme à un assistant personnel qui agit, au lieu de lui dicter une commande simple.
L’écart entre la démonstration et l’usage quotidien reste à mesurer. La source décrit des fonctions, pas des tests en conditions réelles.
Un châssis « filaire » et une batterie CATL
Ce qui est en jeu : la promesse d’IA repose sur un matériel que la voiture doit pouvoir piloter. C’est le rôle du châssis.
La LS8 électrique utilise une direction « par commande filaire ». Le volant n’est plus relié aux roues par une barre mécanique : les ordres passent par des signaux électroniques. Zhiji parle d’une double redondance, c’est-à-dire de deux circuits de secours, associée à des roues arrière directrices (jusqu’à 24° de chaque côté). Selon la marque, cela donne trois niveaux de sécurité et un rayon de braquage de 4,85 mètres pour un SUV de 5,085 mètres de long. En clair : un grand véhicule qui se manœuvre comme une petite citadine.
SAIC affirme travailler sur la direction filaire depuis 2018 et avoir réalisé plus de 10 000 tests de validation, d’après QbitAI. Le constructeur met aussi en avant un système baptisé SynVector, qui coordonne direction, freinage et couple moteur en quelques millisecondes, et un « stationnement silencieux » où le volant reste immobile. Les gains annoncés sont chiffrés par Zhiji lui-même : 80 % de stabilité en plus sur une chaussée où l’adhérence diffère à gauche et à droite, et une réaction de la motricité 5 à 10 fois plus rapide sur sol glissant, par rapport à des systèmes classiques. Ce sont des données du constructeur, sans vérification externe dans la source.
Côté énergie, les batteries sont conçues avec CATL, le géant chinois des batteries : 93 kWh en lithium fer phosphate ou 103 kWh en lithium ternaire. L’autonomie maximale annoncée est de 752 km selon la norme chinoise CLTC, un test en laboratoire dont les valeurs ne se retrouvent pas forcément sur la route. La recharge de 15 minutes permettrait de regagner jusqu’à 529 km, grâce à une architecture électrique de 800 volts.
Un marché où les arguments techniques se banalisent
Ce qui est en jeu : pourquoi Zhiji met l’IA en avant. QbitAI donne des éléments de contexte. En septembre, les ventes en gros de voitures particulières 100 % électriques en Chine ont atteint 1,126 million d’unités, soit 18,3 % de plus que l’an dernier, selon les chiffres de la CPCA (fédération chinoise des constructeurs de voitures particulières) cités par l’article. Les véhicules à prolongateur d’autonomie, eux, reculent de 4 %.
La concurrence est directe. La veille de la présentation, Li Auto a lancé son i6 2026 à 249 800 yuans, avec un prix promotionnel limité dans le temps de 239 800 yuans, et d’autres modèles de Tesla, Xiaomi, Zeekr et Xpeng occupent le même segment. L’article lui-même reconnaît que l’autonomie, la puissance de calcul et la recharge rapide, jadis des arguments phares, deviennent la norme. Dans ce contexte, une IA offerte à vie fonctionne aussi comme un argument commercial pour se distinguer.
Zhiji progresse : environ 60 000 voitures vendues sur les neuf premiers mois de l’année, soit 40,1 % de plus. QbitAI y voit une dynamique qui rapproche la marque de l’échelle des grandes marques du secteur de l’électrique.
Les questions à poser avant de croire « à vie »
L’article de QbitAI est une présentation de produit, sans recul critique. Il laisse plusieurs points ouverts, qu’un acheteur devrait éclaircir par écrit.
- Quelle durée ? « À vie » désigne-t-il la vie de la voiture, celle du propriétaire, ou la durée d’existence du service ? Que se passe-t-il si Alibaba ou Momenta modifient leurs offres ?
- Pour qui ? Seul le « premier propriétaire non professionnel » est cité. Que devient l’avantage à la revente, ou pour un véhicule de flotte ?
- Quelles fonctions ? Que contient exactement le « forfait complet d’aide à la conduite » ? Les futures fonctions payantes seront-elles incluses ?
- Quelles données ? Un assistant qui retient vos habitudes et commande à votre place voit vos trajets, vos lieux et vos achats. Où sont-ils stockés, et qui y accède ? La source n’en parle pas.
- Quelle gratuité ? « Token gratuit » couvre-t-il une utilisation illimitée, ou une limite d’usage raisonnable ?
Ces réponses n’apparaissent pas dans l’article. Tant qu’elles ne figurent pas dans le contrat de vente, « l’IA à vie » reste surtout un slogan. Il sera utile d’observer, dans les mois à venir, si ces conditions sont publiées avec le détail.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Les agents IADossier : Europe, Chine, États-Unis