Robots : Zhiyuan revendique sept premières places, l’usine est un autre examen

Selon QbitAI, AgiBot dit placer deux modèles en tête de sept classements. Ce que mesurent ces tests, ce qu’ils ignorent, et ce que cela change pour une PME.

8 min de lecture

Un robot humanoïde tient un trophée doré sur un podium, devant une chaîne de production vide qui attend d’être testée

Zhiyuan (AgiBot), entreprise chinoise de robotique, affirme que deux de ses nouveaux modèles d’intelligence artificielle arrivent premiers dans sept classements. Le média chinois QbitAI, qui relaie l’annonce faite lors de la journée de l’innovation de l’entreprise, présente pourtant une autre unité comme la vraie règle du jeu : le « Worken », qui compte le travail réellement fourni par les robots. Reste à savoir ce que prouve un classement, et ce qu’il laisse dans l’ombre.

Ce que Zhiyuan annonce, selon QbitAI

En jeu : savoir précisément de quoi l’on parle avant de juger. Lors de l’événement, Peng Zhihui, cofondateur, président et directeur technique de Zhiyuan (connu en Chine sous le nom de « Zhihui Jun »), a présenté deux modèles.

Le premier, GO-3 Preview, est un « modèle de base » pour robots : un grand programme d’IA entraîné à comprendre une consigne, à planifier des gestes et à les exécuter. Il est annoncé premier sur trois classements : RoboDojo, RoboTwin et RoboColiseum. Selon la page, après un réglage supplémentaire, un robot équipé de ce modèle saisit des pièces, les aligne et les insère, puis enchaîne sur des tâches d’assemblage. Le modèle peut aussi passer d’un corps de robot à un autre : sur le robot humanoïde X2, il ouvre une porte à deux mains et ramasse un objet à genoux.

Le second, WITA-OMNI, sert à la conversation. Il traite en même temps la voix, l’image et le texte, et répond par la parole, des expressions du visage et des gestes. Il est annoncé premier sur quatre classements : Daily-Omni, TimeLens-Bench, EmbSpatialBench et MMAU.

Zhiyuan donne aussi des chiffres. WITA-OMNI répondrait en 600 millisecondes en moyenne, et en 400 millisecondes au mieux (une milliseconde, c’est un millième de seconde). QbitAI juge ce délai proche d’une réaction humaine dans une conversation. Le modèle comprendrait plus de 100 langues, parlerait 29 langues et 7 dialectes, et pourrait fonctionner sans connexion internet.

Un calendrier figure dans la même partie de la page : déploiement complet en Chine avant décembre 2026, version pour l’Europe en janvier 2027, mise en ligne dans les régions étrangères en mars 2027. Il semble concerner ce service de dialogue, pas la vente de robots.

Un détail compte : la page cite sept premières places, mais aucun score, ni le nom d’un seul concurrent battu.

Un classement, c’est un examen standardisé

En jeu : comprendre pourquoi « premier » ne veut pas dire « prêt à travailler chez vous ». Un classement, que les spécialistes appellent un benchmark, fonctionne comme un examen : toutes les IA reçoivent les mêmes épreuves, on compare les notes. C’est utile pour comparer deux modèles sur un pied d’égalité.

Mais l’examen a ses limites. Une épreuve mesure ce qu’elle contient, dans des conditions fixées d’avance. Le permis de conduire vérifie que l’on sait se garer et respecter un stop ; il ne dit pas comment on conduit après dix ans de taxi, de nuit, sous la pluie. De même, un classement ne dit pas combien de temps un robot tient sans panne, ni ce qu’il fait face à un objet mal placé. La page ne précise d’ailleurs pas si les épreuves se déroulent en simulation ou avec de vrais robots, ni ce que mesurent exactement les quatre tests de WITA-OMNI.

QbitAI le reconnaît à sa manière : le laboratoire est un environnement « relativement simple », écrit le média, alors que dans la réalité les objets et les lieux changent sans cesse. Zhiyuan répond avec deux outils. Genie Evolver, un système d’entraînement après coup, combine une centaine de vrais robots, de la simulation physique et un « modèle du monde » (une IA qui prédit ce qui va se passer). QbitAI le compare à un atelier de stage pour robots. Genie Master, lui, gère la planification des tâches et la reprise après erreur : l’échec d’aujourd’hui devient l’expérience de demain.

En clair : le classement dit que le modèle est bon à l’examen. Ces deux outils sont censés dire qu’il apprend aussi sur le terrain, mais la page ne fournit aucune mesure de cet apprentissage.

Qui parle : revendication ou vérification ?

En jeu : savoir à qui l’on fait confiance. Tout ce que rapporte l’article vient de l’entreprise ou de sa présentation. QbitAI écrit « selon les données divulguées par Zhiyuan » pour les temps de réponse de WITA-OMNI et pour sa nouvelle architecture matérielle AHA3 (volume réduit de moitié, réactivité accrue de 90 %). Pour les résultats de production, le média ne cite pas d’autre source : ils sont donc vraisemblablement fournis par Zhiyuan. Rien dans la page n’indique une vérification indépendante. Le titre chinois d’origine, très triomphal, annonce que les deux modèles « écrasent » plusieurs classements.

Plusieurs questions restent ouvertes. Qui organise ces classements, et sont-ils publics ? Les concurrents ont-ils été testés dans les mêmes conditions ? Un tiers peut-il reproduire les résultats ? Le mot « Preview » dans GO-3 Preview suggère une version préliminaire, ce qui incite aussi à la prudence.

Les données de terrain sont d’une autre nature. Avec Longcheer (Longqi), présenté comme un grand fabricant d’appareils électroniques pour d’autres marques, Zhiyuan dit exploiter depuis mars 2026 une chaîne de production « couverte par l’IA incarnée », c’est-à-dire une IA dotée d’un corps physique qui agit dans le monde réel. Elle aurait tourné de façon stable plus de sept mois. Lors d’une diffusion en direct de six jours, les robots auraient réalisé plus de 64 824 opérations pour fabriquer 17 625 tablettes, avec 99,99 % de réussite. À ce taux, cela représenterait six à sept échecs sur l’ensemble. La page ne définit pas ce qu’est une « réussite », ni combien d’interventions humaines ont été nécessaires.

Autres chiffres cités : 100 robots LingXi X2 dans des magasins Aishida, qui auraient « généré » 2,23 millions de yuans de ventes en trois jours, et près de 500 robots au parc Chimelong de Hengqin, sur plus de 100 postes, pour environ 10 000 visiteurs par jour pendant la fête nationale. Ce sont des déploiements réels, mais la page ne donne ni le coût, ni la part d’humains encore nécessaires.

Chine, États-Unis : ce que la source dit et ne dit pas

En jeu : la question du hook, une avance sur les États-Unis ? La page de QbitAI ne mentionne aucun acteur américain. Elle ne permet donc pas de conclure à une avance ou à un retard. Seules des comparaisons indépendantes, avec des tests communs, pourraient trancher.

Ce que la source montre, c’est une stratégie. Zhiyuan propose une nouvelle unité de mesure, le « Worken », censée compter les heures de travail réellement utiles d’un robot. Elle repose sur trois indicateurs : le nombre de robots actifs (l’ampleur du déploiement), la durée de travail autonome sans reprise en main humaine, et le rendement de production. QbitAI la compare au token des IA de langage (un morceau de mot, qui sert à compter l’usage et le coût) : un étalon qui relie la technologie à une valeur économique. Peng Zhihui résume : « dix mille robots sortis d’usine, c’est seulement la victoire de l’industrie ; dix mille robots en poste, c’est la victoire de l’IA physique ».

Il y a une réserve : ce Worken est défini par l’entreprise qui l’utilise. Le tableau de bord d’octobre présenté à l’événement liste la chaîne Longcheer, le métro de Canton, Chimelong et les magasins Aishida, mais la page ne reproduit pas ses valeurs. Zhiyuan prévoit aussi d’ouvrir à la fin de l’année son système d’exploitation robotique LingQu OS 1.0 en logiciel libre et de le confier à la fondation OpenAtom. Selon le forum principal, l’entreprise dit aussi vouloir ouvrir 200 millions de lignes de code validées en production de masse et plus de 5 000 paquets logiciels. C’est un pari sur l’écosystème, pas encore un fait mesurable.

Ce que cela change pour une PME francophone

En jeu : décider si ces annonces justifient un projet d’automatisation. Rien dans la page n’indique que ces robots soient vendus ou testables en Europe : le calendrier européen cité semble viser le service de dialogue. Prix, distributeur, service après-vente et conformité aux règles européennes ne sont pas évoqués.

Sur le matériel, Zhiyuan présente le robot G2 Max : 20 kg de charge par bras, 50 kg en pointe avec les deux bras, des bras à sept degrés de liberté (sept mouvements articulés indépendants) avec contrôle de force, et deux batteries remplaçables à chaud, c’est-à-dire sans éteindre le robot. Ce sont des caractéristiques annoncées, pas des mesures.

Face à une offre de ce type, mieux vaut poser les questions que les classements n’éclairent pas :

  • Quel pourcentage de tâches le robot mène-t-il sans intervention humaine ?
  • Que se passe-t-il quand un objet est mal placé ou qu’une pièce change ?
  • Que signifie « réussite » dans les chiffres annoncés ?
  • Peut-on visiter un site client qui tourne depuis plusieurs mois ?
  • Qui répare, et en combien de temps ?

La durée de travail autonome et le rendement du Worken vont dans ce sens : ce sont des indicateurs de terrain, pas d’examen. Ils ne vaudront pourtant quelque chose que le jour où un tiers pourra les vérifier. Les premières places disent que les modèles de Zhiyuan sont compétitifs à l’examen ; la question ouverte est de savoir si les chiffres du Worken seront un jour audités hors de l’entreprise.

Sources

À lire aussi

Tous les articles