Anthropic verrouille Claude, les labos chinois se tournent vers OpenAI
Selon The Information, DeepSeek et Moonshot AI s’appuient surtout sur GPT-6 Astra d’OpenAI depuis qu’Anthropic a durci la protection de Claude.
Quand Anthropic ferme une porte, une autre s’ouvre. Selon The Decoder, qui cite une enquête de The Information, des laboratoires chinois d’IA puisent désormais surtout dans GPT-6 Astra, le modèle le plus puissant d’OpenAI, plutôt que dans Claude.
Protéger un modèle contre l’imitation devient un enjeu stratégique entre la Chine et les États-Unis. Reste une question : tous les laboratoires américains le font-ils au même rythme ?
Ce que rapporte The Decoder
Ce qui est en jeu : savoir qui, aujourd’hui, apprend de qui dans la course à l’IA. Les informations ci-dessous sont celles d’un média, pas des entreprises concernées.
Selon The Information, citée par The Decoder, DeepSeek et Moonshot AI se sont beaucoup appuyés sur les réponses de GPT-6 Astra pour entraîner leurs derniers modèles. Des personnes proches du dossier, non nommées, affirment que cela inclut Kimi K3.1 Pro et V4.1-Flash 1017, deux modèles cités par l’article.
Les entreprises ne confirment rien. Moonshot a refusé de commenter. DeepSeek n’a pas répondu à la demande de commentaire de The Decoder. Il s’agit donc d’un basculement rapporté, fondé sur des sources anonymes, et non d’un fait établi publiquement.
Selon The Decoder, Claude était jusqu’ici la cible privilégiée de ces pratiques. C’est ce changement de cible qui fait l’intérêt de l’information.
La distillation : apprendre des réponses d’une autre IA
Ce qui est en jeu : le prix à payer pour rattraper un concurrent. Le mot « distillation » désigne une méthode courante en IA. On entraîne un modèle « élève » à partir des réponses d’un modèle plus puissant, le « professeur ». C’est un peu comme recopier les corrigés d’un excellent élève plutôt que de refaire seul tout le travail.
Selon The Decoder, cette méthode ne fonctionne vraiment que si les laboratoires parviennent à faire révéler au modèle ses étapes de raisonnement cachées. Ce sont, en gros, les brouillons que l’IA produit avant de donner sa réponse finale. OpenAI et Anthropic interdisent tous deux cette extraction.
En clair : copier la réponse finale d’une IA apprend peu. Récupérer sa manière de raisonner a beaucoup plus de valeur, et c’est précisément ce que les deux entreprises américaines interdisent dans leurs règles d’utilisation.
Anthropic durcit, OpenAI devient la cible
Ce qui est en jeu : l’efficacité réelle des défenses. Anthropic affirme que ses nouvelles méthodes réduisent de 90 à 99 % la quantité de données que des attaquants peuvent extraire. Pour se faire une idée : sur 100 éléments qu’un attaquant pouvait récupérer auparavant, il n’en resterait que 1 à 10, si le chiffre est exact. Ce chiffre vient d’Anthropic elle-même, et la source ne dit pas qu’il a été vérifié par un tiers.
Du côté d’OpenAI, The Decoder rappelle qu’à la fin de septembre l’entreprise a fait état d’une campagne coordonnée de distillation. Elle affirme qu’elle impliquait des personnes liées à Moonshot. Un porte-parole d’OpenAI dit prendre le problème très au sérieux.
L’article ajoute un point important : jusqu’à présent, les attaquants adaptaient leurs tactiques chaque fois qu’OpenAI déployait une nouvelle défense. Le jeu du chat et de la souris n’est donc pas nouveau. Ce que rapporte The Information, c’est que la souris a changé de porte.
Un rapport de force entre Washington et Pékin ?
Ce qui est en jeu : l’accès aux meilleurs modèles du monde et l’avance technologique qui en découle. Dans ce dossier, on parle d’entreprises précises, DeepSeek et Moonshot AI, et pas d’un bloc national. Leur rôle exact reste à documenter : la source ne détaille ni les volumes de données ni les méthodes employées.
Si des laboratoires peuvent apprendre des réponses des meilleurs modèles, ils peuvent réduire l’écart sans reproduire tout l’investissement initial. C’est la logique générale de la distillation. La source, elle, ne chiffre aucune économie et ne mesure pas la qualité des modèles obtenus. Nous ne le faisons pas non plus.
Une autre question se pose : la protection est-elle inégale ? Les faits rapportés disent qu’Anthropic a durci ses défenses et que l’usage s’est déplacé vers OpenAI. Ils ne disent pas qu’OpenAI est négligente : l’entreprise affirme au contraire prendre le sujet très au sérieux. Un déplacement de cible indique quelle porte est, à un moment donné, la plus facile à forcer. Il ne désigne pas un fautif.
En clair : verrouiller un modèle ne fait pas disparaître le problème, cela le déplace vers le modèle le moins protégé du moment. Si c’est bien le cas, la protection ne se joue plus laboratoire par laboratoire, mais comme une course permanente.
Ce que cela change pour une entreprise européenne, et ce qu’on ignore
Ce qui est en jeu : si vous utilisez ChatGPT, Claude ou leurs interfaces de programmation au quotidien, cette affaire vous concerne-t-elle ? La source ne traite pas des utilisateurs ordinaires. Rien dans l’article n’indique qu’ils soient visés. Les interdictions décrites portent sur l’extraction systématique des raisonnements pour entraîner un autre modèle, pas sur un usage professionnel normal.
Cela soulève cependant des questions que le lecteur peut se poser. Comment un laboratoire distingue-t-il un client légitime d’un attaquant ? Avec quelles conséquences pour les services qu’il fournit ? L’article ne le dit pas. Les conditions d’utilisation des outils sont un bon point de départ : elles précisent ce qu’il est permis de faire des réponses d’un modèle.
Plusieurs limites s’imposent à ce stade :
- l’information repose sur The Information, relayée par The Decoder, avec des sources anonymes ;
- DeepSeek et Moonshot n’ont ni confirmé ni démenti sur le fond ;
- le chiffre de 90 à 99 % est une déclaration d’Anthropic, sans vérification indépendante dans la source ;
- la source ne précise ni la durée, ni l’ampleur, ni le détail technique des pratiques décrites.
La suite se jouera sur des points observables : OpenAI annoncera-t-elle à son tour des protections chiffrées, comme Anthropic ? Les laboratoires cités réagiront-ils publiquement ? Et les défenses résisteront-elles plus longtemps cette fois que lors des tentatives précédentes ?
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Quelle IA choisir ?Dossier : Europe, Chine, États-Unis