Baidu affirme que sa recherche s’améliore seule : ce que l’on sait
Baidu affirme que la recherche de son application s’améliore sans ingénieurs. Ce qu’elle annonce, ce qu’elle prouve, et ce que cela change pour l’utilisateur.
Le 30 octobre, lors d’une conférence à Pékin, Baidu a annoncé que la recherche de son application s’améliore de façon récursive, sans intervention humaine. L’entreprise chinoise accompagne l’annonce de chiffres précis, mais le compte rendu du média QbitAI ne dit pas comment ils ont été mesurés. Prouesse technique ou formule marketing ? Il faut distinguer ce qui est décrit de ce qui est démontré.
Quatre nouveautés pour l’utilisateur de l’application
En jeu : la manière dont on cherche une information sur son téléphone. Selon QbitAI, Baidu veut que la recherche passe de « une question, une réponse » à « une tâche, un résultat livré ».
Le premier volet concerne la barre de recherche. Un problème complexe peut lui être confié : elle enchaîne plusieurs étapes de collecte et de tri, puis renvoie une synthèse vérifiée. Pour un sujet à suivre dans la durée, elle surveille, après accord de l’utilisateur, et prévient en cas de changement. Baidu dit couvrir plus de 170 types d’outils. Deux exemples sont donnés : un parent qui compare des écoles, avec les notes de son enfant, son adresse et ses préférences d’internat déjà mémorisées, et un voyage de cinq jours à Sanya (ville du sud de la Chine), avec une alerte de baisse de prix qui aurait fait économiser 2 100 yuans. Le yuan est la monnaie chinoise.
Le deuxième volet est l’objectif photo IA de l’application (AI 镜头, en chinois). Il reconnaît plusieurs objets à la fois (plantes, instruments), suit les éléments en mouvement et permet de poser des questions en touchant ou en entourant l’image. On peut ensuite poursuivre la conversation à voix haute, dans 9 dialectes dont le cantonais et le sichuanais.
Le troisième volet est la visualisation de données. Baidu annonce une couverture multipliée par cinq et plus de 5 milliards de ressources de données issues de sources officielles (administrations, banque centrale), dans plus de 20 secteurs. Elles s’affichent sous forme de graphiques comparables et interactifs.
Le quatrième volet est le divertissement : des séries où l’on choisit la suite de l’histoire, et des mini-applications que l’on manipule. Baidu lance un concours de créateurs, qui offre des primes en argent de l’ordre du million et, selon l’entreprise, un appui en audience de l’ordre de centaines de millions de vues.
En clair : l’application veut faire le travail à la place de l’utilisateur, plutôt que de lui renvoyer une liste de liens.
« Auto-évolution récursive » : une boucle qui se nourrit des recherches
En jeu : comprendre si la formule décrit une rupture ou un procédé déjà connu. Imaginez un cuisinier qui note chaque soir quels plats sont renvoyés en cuisine, puis ajuste sa recette lui-même, sans chef pour valider. Le lendemain, il recommence avec la recette corrigée.
C’est, à peu près, ce que Baidu décrit. D’après QbitAI, chaque recherche réelle et chaque retour d’utilisateur deviennent un « signal d’entraînement », c’est-à-dire une donnée qui sert à corriger le modèle. Ce cycle « recherche, retour, réentraînement » alimente les modèles, qui s’améliorent sans intervention humaine, affirme Baidu. Plusieurs « agents », des programmes d’IA qui enchaînent des tâches, coopèrent dans ce système.
Qu’est-ce qui rend cette boucle « récursive » ? Dans le texte source, le mot semble désigner un cycle qui se répète, chaque version servant de base à la suivante. L’article ne précise pas si l’IA modifie aussi sa propre manière d’apprendre, ce qui serait plus fort, et rien n’indique qu’elle le fasse. Reste aussi à savoir en quoi ce système diffère des moteurs qui exploitent déjà les retours de leurs utilisateurs : la source ne répond pas à cette question.
Des chiffres annoncés, des preuves qui manquent
En jeu : savoir ce qu’on peut croire. Baidu avance plusieurs chiffres, tous rapportés par QbitAI sans méthode de mesure ni test indépendant.
- Efficacité d’itération (le rythme d’amélioration du système) en hausse de « plus de 80 % ». On ignore par rapport à quelle période ou quelle version.
- Taux de fiabilité des données en hausse de plus de 50 %. On ne sait ni comment la fiabilité est mesurée, ni par qui.
- Effet de l’assistant maison Wenxin (文心助手) amélioré de 20 % une fois relié à ce système, sans indication sur l’indicateur utilisé.
- Un index de l’ordre de la centaine de milliards d’entrées, dans plus de 80 langues : c’est une masse de contenus, pas une mesure de qualité.
Ces pourcentages sont des revendications de l’entreprise. L’article ne mentionne ni comparaison avec un concurrent, ni résultat d’un test externe, ni exemple d’erreur corrigée toute seule. Les deux cas d’usage (l’école, Sanya) sont des démonstrations choisies par Baidu, pas des mesures sur un grand nombre d’utilisateurs.
L’affirmation « sans intervention humaine » mérite aussi une question. Qui fixe l’objectif du réentraînement ? Qui décide qu’une version est meilleure ? L’article source ne le dit pas. Sans réponse, difficile de savoir si l’autonomie est totale ou si les ingénieurs restent aux commandes de la boucle.
Baidu annonce aussi une nouvelle interface de programmation (API) de recherche : c’est la porte par laquelle d’autres logiciels interrogent son moteur. Le prix promotionnel est de 4,9 yuans les 1 000 requêtes, soit moins de 0,005 yuan par requête. Baidu dit que c’est moins cher que l’API de recherche de DeepSeek, mais l’article ne cite pas le tarif de ce concurrent. Le service se branche par API, par MCP (un standard de connexion entre assistants IA et outils) ou par « Skill », un module de compétence prêt à brancher dans un assistant. Ce prix est limité à la durée de l’opération, pas un tarif durable.
Ce qui change pour l’utilisateur : qui contrôle les réponses ?
En jeu : la confiance dans ce qu’affiche un moteur de recherche. Une recherche qui évolue toute seule signifie que ses réponses d’aujourd’hui peuvent différer de celles d’hier, sans que personne n’annonce de changement.
Deux points méritent l’attention. D’abord, la mémoire. Les exemples de Baidu s’appuient sur des informations enregistrées plus tôt : notes d’un enfant, adresse du foyer, préférences. C’est utile, mais cela suppose que le service conserve ces données. L’article ne précise pas comment l’utilisateur peut les consulter, les corriger ou les effacer.
Ensuite, l’explication. Quand le moteur renvoie un résultat « vérifié » plutôt qu’une liste de sources, l’utilisateur voit moins d’où vient l’information. Baidu parle de données officielles et de sources partenaires, mais on ne sait pas comment le système arbitre entre sources contradictoires.
Quant à la course aux moteurs dopés à l’IA, l’article ne compare pas Baidu à Google ni à d’autres. Il présente une entreprise qui cherche à changer le terrain de jeu : la qualité d’une réponse, mais aussi la capacité à livrer un résultat. Dire si cela représente une avance sur les concurrents demanderait des tests indépendants, qui n’existent pas ici.
Pour le lecteur, une piste simple : quand ce type de recherche automatisée arrivera dans les outils qu’il utilise, qu’il se demande si le service montre ses sources, permet de voir et d’effacer les données retenues, et indique quand son fonctionnement change.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : Les agents IADossier : Europe, Chine, États-Unis