Clonage de voix : une mère envoie 5 400 dollars pour une fausse rançon

Une Californienne a versé 5 400 dollars après un faux enlèvement avec la voix clonée de sa fille. Combien d’audio faut-il pour cloner une voix ? Les chiffres divergent.

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Un téléphone à cadran ancien dont le combiné flotte au-dessus, relié par son cordon, avec des ondes sonores bleues et des blocs de pixels à côté

Au téléphone, une femme entend ce qui ressemble aux pleurs de sa fille. On lui dit que la jeune femme est retenue par un cartel. Pendant cinq heures, elle obéit et envoie de l’argent. Sa fille, elle, était au travail. Cette histoire, racontée par Fortune, illustre une arnaque qui se banalise : le clonage de voix par intelligence artificielle.

Un faux enlèvement de cinq heures

En jeu : voir à quoi ressemble concrètement l’arnaque. Selon Fortune, en mai, Deborah Del Mastro, qui vit à Martinez, en Californie, a reçu un appel affirmant que sa fille de 37 ans avait été enlevée par un cartel mexicain. Elle a cru entendre sa fille appeler à l’aide. Pendant cinq heures, depuis plusieurs lieux, elle a suivi les instructions de l’appelant et envoyé 5 400 dollars au Mexique.

La police de Martinez enquête, et la victime ne pense pas récupérer son argent. Le magazine précise qu’en réalité, sa fille n’avait pas quitté son lieu de travail.

Combien d’audio faut-il pour cloner une voix ?

En jeu : savoir si n’importe quelle vidéo publiée en ligne suffit à vous exposer. Les sources ne s’accordent pas.

  • Selon Fortune, le clonage peut demander aussi peu que trois secondes de parole. Dans un test de McAfee, un extrait de trois secondes a produit un clone ressemblant à 85 % à la voix d’origine. En clair : à l’oreille, la copie est déjà proche, sans être parfaite.
  • Selon des experts cités par le magazine belge Moustique, un extrait d’environ vingt secondes suffirait. D’autres affirment qu’une phrase, voire un simple « allô ? », serait assez.
  • Caner Korkut, expert belge en cybersécurité et en IA, tempère : il n’a trouvé aucun cas documenté de clonage à partir d’un seul mot. Il admet en revanche que des arnaques sont possibles avec un échantillon plus long, tiré par exemple d’une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

Le journaliste de Moustique a lui-même testé un outil de clonage : quelques mots enregistrés ont suffi pour générer d’autres phrases qu’il juge très réalistes. Ce qui est établi, c’est la direction : de plus en plus court, et assez convaincant pour tromper un proche dans l’urgence.

Pourquoi ça marche

En jeu : comprendre ce qui fait baisser la garde. Kimberly Hyun, professeure de marketing à l’université de Cincinnati, explique à Fortune qu’une voix familière abaisse les défenses : la voix d’un proche « peut vous tromper par la confiance ». Les fraudeurs prélèvent des échantillons dans des vidéos publiées ouvertement sur Instagram ou TikTok.

Les outils eux-mêmes posent question. Fortune cite une évaluation de Consumer Reports de mars 2025 portant sur six produits de clonage vocal : pour ElevenLabs, Speechify, PlayHT et Lovo, les chercheurs ont pu cloner facilement des voix à partir d’audio public, la seule vérification étant une case à cocher attestant qu’on a le droit de cloner cette voix. Descript et Resemble AI avaient pris des mesures pour compliquer le clonage sans consentement.

L’ampleur du phénomène

En jeu : savoir si c’est un fait divers ou une tendance. Fortune cite Gallup et la Stop Scams Alliance : environ 15 millions d’adultes américains auraient perdu quelque 68 milliards de dollars dans des arnaques en 2025, et 12 % des arnaques signalées dans leur enquête impliquaient l’IA ou des deepfakes, une part peut-être sous-estimée. Gallup ne trouve pas de différence de victimisation selon l’âge. Ces chiffres sont américains : ils ne disent pas ce qu’il en est en Belgique ou en France.

En Suisse, la RTS rapporte que l’Office fédéral de la cybersécurité constate, pour le premier semestre 2026, que les attaquants utilisent systématiquement l’IA pour produire des contenus crédibles, avec notamment la « fraude au président » : l’imitation de la voix d’un supérieur pour obtenir un virement. La chaîne cite aussi une banque privée italienne qui aurait perdu 95 millions d’euros dans une escroquerie utilisant une voix modifiée par IA.

Les parades que citent les sources

Les conseils se recoupent :

  • Convenir d’un mot de passe familial. Kimberly Hyun recommande un mot connu des seuls proches, à demander en cas d’appel suspect ;
  • Raccrocher et rappeler. Si quelqu’un affirme qu’un proche est en danger, raccrochez et appelez cette personne directement, sur son numéro habituel. La RTS donne le même conseil : rappeler par un autre canal, avec un numéro connu, avant de payer ou de donner un code ;
  • Ralentir. Les fraudeurs fabriquent l’urgence. La RTS conseille de ne pas agir dans la précipitation et de vérifier la demande sur le site officiel concerné ;
  • Signaler. Aux États-Unis, Fortune cite la plateforme de la FTC et le centre de plaintes du FBI. Ailleurs, Interpol conseille de contacter la police locale et sa banque si un paiement a été fait.

Une limite à connaître : l’outil FlairSafe, présenté par la RTS, analyse le risque d’un message mais ne détecte pas encore les voix clonées. Pour l’instant, la meilleure protection reste un geste simple, qui ne dépend d’aucun logiciel : vérifier par un second canal.

Sources

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