Interpol lance une campagne contre les arnaques aux deepfakes

Interpol lance une campagne internationale contre les arnaques aux deepfakes : trois vidéos et un mot d’ordre simple, attendre, vérifier, ne pas mordre.

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Un sablier dessiné à l’encre sur fond jaune, dont le verre contient un visage soucieux, entouré de bandes bleues et de petits blocs de pixels

« Attendez. » Le conseil tient en un mot, et c’est celui qu’Interpol met en avant. Le 19 octobre, l’organisation de coopération entre polices a lancé, depuis Singapour, une campagne pour prévenir les arnaques qui s’appuient sur des images, des voix ou des vidéos truquées par intelligence artificielle. Elle choisit de montrer la menace plutôt que de la décrire : trois vidéos courtes, elles-mêmes fabriquées avec de l’IA.

Ce qu’Interpol a lancé

En jeu : savoir ce que cette campagne apporte à un lecteur qui n’est ni policier ni expert. Selon le communiqué d’Interpol, elle porte sur la criminalité qui utilise des contenus générés ou modifiés par IA, dont les deepfakes. Un deepfake, ou hypertrucage, est une image, une voix ou une vidéo fabriquée pour faire croire qu’une personne dit ou fait quelque chose qu’elle n’a jamais dit ni fait.

La campagne s’appuie sur trois courtes vidéos et sur un slogan en anglais : « Wait. Validate. Don’t take the bait. » En clair : attendez, vérifiez, ne mordez pas à l’hameçon. Elle relève du projet SynthWave PLUS, financé par le gouvernement du Japon. Interpol réunit 196 pays membres, mais le communiqué consulté ne dit pas combien de pays relaient la campagne.

Pourquoi l’IA change la donne

En jeu : comprendre pourquoi les anciens réflexes marchent moins bien. Toshinobu Yasuhira, directeur du centre d’innovation d’Interpol, déclare que l’IA « efface les signes révélateurs d’une arnaque » (« AI is erasing the tell-tale signs of a scam »).

En clair : on apprenait à repérer une voix bizarre, un message plein de fautes, une photo douteuse. Avec des outils qui produisent une voix ou un visage crédibles, ces indices disparaissent plus souvent. La méfiance doit donc reposer sur la situation (ce qu’on vous demande, à quelle vitesse) plutôt que sur la qualité apparente du contenu.

Les signaux d’alerte listés par Interpol

Le communiqué énumère des situations qui doivent faire ralentir :

  • un contact que vous n’aviez pas sollicité, venant d’un inconnu ou de quelqu’un qui se fait passer pour un proche ou un organisme de confiance, surtout s’il oriente vers des données personnelles ou financières ;
  • une pression pour agir tout de suite, avec une urgence inventée ;
  • une manipulation émotionnelle : peur, détresse, demande de secret ;
  • un paiement demandé par virement, en cryptomonnaie ou en cartes-cadeaux ;
  • une relation en ligne qui s’intensifie très vite, ou qui cherche à quitter la plateforme de rencontres.

Que faire : particuliers et entreprises

Pour les particuliers, Interpol recommande de faire une pause et d’en parler avec d’autres, de vérifier toute demande inattendue en contactant la personne par un canal connu et fiable, de contrôler si une photo de profil apparaît ailleurs sur internet, de convenir d’une phrase secrète avec la famille ou les amis, et d’activer la double authentification sur ses comptes.

Pour les entreprises, le communiqué préconise de former les équipes aux arnaques par deepfake, à l’hameçonnage par téléphone (le « vishing ») et à l’ingénierie sociale, c’est-à-dire l’art de manipuler quelqu’un plutôt que de pirater une machine. Il demande aussi une validation en plusieurs étapes pour les paiements et transferts de données, avec une confirmation en personne pour les grosses sommes, et la mise à jour régulière des logiciels.

Si vous êtes visé ou victime, Interpol conseille de contacter immédiatement la police locale et, si un paiement a été fait, votre banque le plus vite possible.

Ce que le communiqué ne dit pas

Il s’agit d’un message de prévention, pas d’une étude. Dans le texte que nous avons consulté, aucun bilan chiffré des fraudes et aucune évaluation de l’efficacité de la campagne ne figurent. On ignore aussi quel public les trois vidéos toucheront réellement.

Reste une question ouverte : un conseil aussi simple que « attendez » tient-il face à des fraudeurs dont le métier consiste précisément à créer l’urgence ? C’est ce que les prochains retours de terrain diront.

Sources

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