Google : son mode IA rapporte moins que la recherche, l’action recule

Alphabet admet que le mode IA de Google rapporte moins que la recherche classique. Après des résultats sous les attentes, l’action a perdu jusqu’à 10 %.

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Une poule dorée devant un moteur de recherche stylisé, dont les liens se transforment en bulle de réponse, pendant qu’un graphique d’action descend

Google a perdu jusqu’à 10 % de sa valeur en Bourse après ses résultats du troisième trimestre. Selon The Decoder, certains investisseurs y voient une vieille crainte qui se réalise : la recherche par intelligence artificielle (IA) attire du monde, mais rapporte moins d’argent. Google le reconnaît en partie, tout en se disant satisfait de sa trajectoire.

Une action qui chute pour trois points de croissance

Ce qui est en jeu : la recherche est le cœur de métier de Google, selon The Decoder. Quand elle ralentit, les marchés réagissent vite.

Selon The Decoder, les revenus de la recherche ont progressé d’environ 12 % au troisième trimestre. Les analystes en attendaient 15 %. L’écart paraît mince : la recherche continue de croître, mais moins vite que prévu. C’est cet écart qui a suffi à faire reculer l’action de Google, jusqu’à 10 % au plus fort de la baisse.

En clair : Google n’a pas perdu d’argent sur la recherche, il en a gagné moins que ce que la Bourse avait programmé dans ses calculs.

The Decoder tempère d’ailleurs le tableau. La recherche classique est déclarée morte depuis des années et continue de croître. Cette fois, son rythme est légèrement sous les attentes, mais proche de celui des dernières années. Google affirme aussi que la croissance annuelle du nombre de requêtes est à son plus haut niveau depuis cinq ans.

Le mode IA : plus de questions, moins de revenus

Ce qui est en jeu : la façon dont vous cherchez de l’information change, et celle dont Google gagne sa vie avec.

Le « mode IA » de Google répond directement à une question, au lieu d’afficher une liste de liens. Il se développe vite. Mais, d’après The Decoder, il rapporte moins que la recherche traditionnelle. Le dirigeant Philipp Schindler l’a admis lors de la présentation des résultats : « la forte croissance des requêtes en mode IA a eu un impact en raison de la monétisation plus faible », parmi d’autres facteurs.

Monétiser, c’est transformer un usage en revenu. Une question se pose : une réponse rédigée laisse-t-elle autant de place à la publicité qu’une liste de liens ? La source ne le dit pas, et nous ne pouvons pas y répondre.

Google prépare la suite. Selon The Decoder, l’entreprise a annoncé lors de la présentation des résultats qu’elle comptait étendre aux États-Unis et à l’international son programme publicitaire destiné aux assistants conversationnels, ces outils avec lesquels on discute par écrit. The Decoder souligne que Google ne fait que commencer à monétiser le mode IA. La question de savoir si ces publicités combleront l’écart reste ouverte.

Cloud contre recherche : deux métiers très différents

Ce qui est en jeu : savoir d’où vient la croissance de Google, car ses deux grandes activités évoluent à des vitesses très différentes.

Dans la recherche, l’internaute tape une question et obtient des résultats. Le cloud, c’est autre chose : Google loue à d’autres entreprises de la puissance de calcul, de l’espace de stockage et des bases de données, accessibles par internet. Ces clients paient pour les ressources qu’ils utilisent.

Or le cloud de Google a progressé de 103 % sur un an, pour atteindre 30,7 milliards de dollars au troisième trimestre, d’après The Decoder. Ses revenus ont donc plus que doublé. Face à ce bond, les 12 % de la recherche paraissent modestes, même si la source ne donne pas le montant de la recherche pour comparer.

Tout cela a un coût. Google a consacré 51,4 milliards de dollars à ses investissements, c’est-à-dire à l’argent dépensé en équipements, rien qu’au troisième trimestre. Sa prévision pour 2026 reste entre 195 et 205 milliards de dollars. Pour 2027, elle annonce une hausse « significative ».

Le patron du cloud, Thomas Kurian, compte sur les agents IA pour continuer à croître. Ce sont des programmes qui enchaînent des tâches seuls. Plus il y en a en service, plus il faut de puissance de calcul, de stockage pour leur mémoire et de bases de données pour leurs raisonnements, explique-t-il. Google veut aussi vendre de l’infrastructure fondée sur ses puces maison, les TPU. Selon The Decoder, la direction n’a pas révélé la marge réalisée sur ces ventes à des clients extérieurs, même interrogée à deux reprises.

En clair : Google parie sur deux tableaux, ses produits grand public et les machines que d’autres entreprises louent pour faire tourner leur IA. Le coût de ce pari est élevé, et sa rentabilité n’est pas encore détaillée.

Une lecture d’investisseurs, pas un fait établi

Ce qui est en jeu : ne pas confondre ce que Google admet, ce que The Decoder rapporte, et ce que certains investisseurs en concluent.

Ce qui est rapporté : la croissance de la recherche est inférieure aux attentes, et la direction reconnaît que le mode IA y a contribué par sa monétisation plus faible. Ce qui est une interprétation : que « le problème de la recherche par IA apparaisse enfin dans les comptes ». Le titre de The Decoder parle de ce que « certains investisseurs croient », pas d’une démonstration. Google lui-même évoque plusieurs facteurs, sans les détailler dans l’article de The Decoder.

D’autres chiffres du trimestre demandent de la prudence. Pour Sundar Pichai, l’application Gemini a atteint un milliard d’utilisateurs. The Decoder note que ce n’est guère surprenant, puisqu’elle est en pratique un complément de la recherche, déjà gigantesque. Les interfaces de programmation de Google, qui permettent à d’autres logiciels d’utiliser ses modèles, traitent près de 32 milliards de tokens par minute, plus de quatre fois plus qu’il y a un an. Un token est un morceau de mot, l’unité dans laquelle les IA découpent les textes. Selon The Decoder, une partie de ce bond reflète probablement une inflation de tokens, liée aux modèles qui « réfléchissent » longuement et aux agents, plutôt qu’une hausse de l’usage.

En clair : de gros chiffres d’usage ne disent pas, à eux seuls, combien rapporte chaque usage.

Et pour une PME ou un indépendant ?

Ce qui est en jeu : si vous dépendez de Google pour qu’on vous trouve, la forme des résultats compte autant que votre classement.

L’article de The Decoder parle de revenus de Google, pas du trafic des sites web. Il ne chiffre pas ce que le mode IA change pour les clics vers les entreprises. Nous ne pouvons donc pas affirmer que votre visibilité baisse. Nous pouvons en revanche poser les questions utiles.

  • Si une réponse d’IA remplace la liste de liens, combien d’internautes cliquent encore sur le site qui a fourni l’information ?
  • Si Google gagne moins avec le mode IA, quelle place laissera-t-il aux annonceurs, et à quel prix, dans ce nouveau format ?
  • Votre entreprise dépend-elle d’un seul canal pour être trouvée, ou avez-vous d’autres voies : bouche-à-oreille, newsletter, réseaux, annuaires ?

Vous pouvez aussi tester vous-même. Posez à Google, en mode IA puis en recherche classique, les questions que vos clients tapent pour vous trouver. Regardez si votre entreprise apparaît, et dans quel format. Comparer avec vos statistiques de visites des derniers mois dira si quelque chose bouge. À ce stade, aucun chiffre sourcé ne le prouve.

La question de fond reste ouverte : Google trouvera-t-il le moyen de gagner autant avec des réponses qu’avec des liens ? Les prochains résultats trimestriels pourront donner un premier indice.

Sources

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