Les Pays-Bas misent sur l’IA pour supprimer 25 000 postes publics
Les Pays-Bas veulent supprimer 25 000 postes publics d’ici 2035 en s’appuyant sur l’IA. Une tribune pousse la France à suivre : que valent ces chiffres ?
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Un gouvernement européen veut faire travailler l’intelligence artificielle à la place d’une partie de ses fonctionnaires, et l’inscrire dans son budget. Les Pays-Bas ont annoncé la suppression d’environ 25 000 postes dans leur administration d’ici 2035, ce qui soulève une question pour la France : faut-il l’imiter ou s’en méfier ? Ces éléments sont rapportés par une tribune de Martin Pavanello, cofondateur et président de Mister IA, publiée par ZDNet France. C’est un texte d’opinion, pas une enquête.
Ce que La Haye a annoncé
Pour les agents publics néerlandais, le changement est concret : des postes vont disparaître. Selon l’auteur, le gouvernement néerlandais a annoncé le lundi 26 octobre la suppression d’environ 25 000 emplois à temps plein dans son administration centrale d’ici 2035. Cela représente 16 % des effectifs concernés.
L’objectif financier est précis : 900 millions d’euros d’économies par an dès 2027, puis 3,5 milliards d’euros par an à partir de 2035. Le levier affiché est l’intelligence artificielle, associée à une simplification massive des règles.
Le périmètre est limité. Selon la tribune, les enseignants, les soignants et les collectivités locales ne sont pas touchés, et la police et la défense sont épargnées. L’effort porterait sur les ministères, les inspections et les agences chargées d’exécuter les politiques publiques. Certains services iraient jusqu’à 45 %, voire 60 % de réduction. Il n’y aurait pas de gel général des embauches : chaque départ serait réexaminé.
Un détail de contexte, que l’auteur donne lui-même : l’administration centrale néerlandaise a atteint 160 000 équivalents temps plein fin 2025, soit 41 % de plus qu’en 2018. Un « équivalent temps plein » compte les postes comme s’ils étaient tous à plein temps. Une partie du plan serait donc un retour en arrière après une forte croissance des effectifs.
Simplifier d’abord, automatiser ensuite
Cette annonce ne repose pas seulement sur l’IA. C’est le point que Martin Pavanello juge le plus important. Le secrétaire d’État Eric van der Burg veut réduire le nombre d’instances consultatives, qui sont 176, limiter le recours aux prestataires externes, rendre des bureaux sous-utilisés et continuer de supprimer 500 règles jugées inutiles chaque année. Selon la tribune, il affirme qu’une réduction uniforme et sans distinction n’aurait pas permis d’atteindre 3,5 milliards.
Le raisonnement de l’auteur est le suivant : donner un assistant IA à chaque agent sans toucher aux circuits de validation, aux rapports et aux doublons n’économise pas grand-chose. Une tâche peut être automatisée, mais aussi simplifiée, fusionnée avec une autre ou supprimée. En clair, l’IA ne ferait gagner de l’argent que si l’organisation est redessinée.
L’auteur ajoute que ce plan répond à une demande du Parlement néerlandais, qui réclamait 20 % de gain de productivité grâce à l’IA. Il cite aussi le Royaume-Uni, qui demande à ses ministères de réduire leurs coûts de fonctionnement de 15 % d’ici la fin de la décennie. Les Britanniques déploient depuis 2025 une suite d’outils d’IA pour leurs fonctionnaires, baptisée Humphrey.
La France, selon l’auteur : des rapports et un chiffre
La situation budgétaire française explique en partie la comparaison que fait Martin Pavanello : selon lui, la France reste au stade des constats. Il oppose les déficits. Les Pays-Bas affichent un déficit de 1,8 % du PIB (la richesse produite par un pays en un an), la France en prévoit 5,4 % en 2026, avec une dette à 121,7 % du PIB en 2027 et 54 milliards d’euros à trouver. Selon lui, les pays qui ont le moins besoin d’économies sont ceux qui se donnent les moyens d’en faire. C’est son analyse, pas un fait établi.
Il s’appuie sur des travaux français. En juillet, un rapport conjoint de trois inspections de l’État (finances, administration, affaires sociales) a constaté des gains réels, rarement convertis en économies. Il relevait aussi que près de 40 % des agents utilisent l’IA sans cadre. Selon la Cour des comptes, France Travail, l’agence publique française chargée de l’emploi, a dégagé 205 équivalents temps plein de gains directs grâce à son programme d’IA. Entre 2023 et 2025, la direction interministérielle du numérique n’a engagé que 8,7 millions d’euros sur l’IA, d’après la tribune.
L’auteur avance alors son propre chiffre. Selon les mêmes inspections, citées par l’auteur, plus de 700 000 agents publics exercent des métiers fortement exposés à l’IA. Il propose de viser 10 % de ces postes d’ici 2035, soit 70 000 emplois, uniquement par départs non remplacés et hors enseignants, soignants, policiers, gendarmes et militaires. Cela ferait moins de 8 000 postes par an, alors que, selon l’auteur, plus de 40 000 agents partent à la retraite chaque année dans les ministères. Avec un coût moyen d’environ 55 000 euros par agent, l’économie approcherait 4 milliards d’euros par an. Il s’agit de son estimation, pas d’un objectif officiel.
Ce que cela changerait pour les agents et les usagers
Derrière les milliards, ce sont des métiers qui évoluent. Dans le schéma décrit par la tribune, des tâches seraient automatisées, simplifiées, fusionnées ou supprimées. Le texte ne dit pas quels postes précis seraient visés. Il ne dit pas non plus si les agents qui restent devraient être formés à ces outils, ni comment : c’est une question que le lecteur peut légitimement se poser.
Pour les usagers, l’enjeu est la qualité du service. L’auteur demande de mesurer non seulement les économies, mais aussi les délais de traitement et la qualité du service rendu. Il oppose cette méthode à la RGPP, une politique française qui ne remplaçait qu’un départ sur deux sans savoir où le travail pouvait être absorbé.
Les risques sont reconnus dans le texte. Aux Pays-Bas, un algorithme a accusé à tort quelque 26 000 familles de fraude aux allocations familiales, un scandale qui a fait tomber un gouvernement en 2021. L’auteur en conclut qu’il faudra des garde-fous, une supervision humaine et d’investir avant d’économiser. Il soutient aussi que le seul plan sans risque est celui qui ne prévoit rien.
Une tribune, pas une étude
Ce texte vient d’un dirigeant d’une entreprise du secteur de l’IA, qui plaide pour une adoption rapide. Ce n’est pas une étude indépendante, et chacun peut y voir un intérêt à défendre son domaine. Plusieurs chiffres restent des projections : les 3,5 milliards néerlandais sont un objectif pour 2035, et l’auteur admet que les Pays-Bas ne sont pas sûrs de l’atteindre.
Plusieurs questions restent ouvertes. Quelle part des économies viendrait réellement de l’IA, et quelle part de la simplification des règles ou de la réduction des effectifs gonflés depuis 2018 ? Les 4 milliards proposés pour la France résistent-ils à un calcul fait par des services publics ? Et comment mesurer la qualité du service rendu aux usagers pendant la transition ? À suivre : les chiffres que le gouvernement néerlandais publiera année après année.
Sources
Pour aller plus loin Dossier : IA, emploi et formation