Lenovo met un assistant IA dans le PC : ce que l’annonce ne prouve pas
Le 30 octobre, Lenovo lance Tianxi AI 4.5 sur PC : un assistant qui agit à votre place. Que promet l’annonce, et que laisse-t-elle sans réponse ?
Le 30 octobre, Lenovo a lancé sur ses PC la version 4.5 de Tianxi AI, un assistant qui ne se contente plus de répondre : il agit dans les applications de travail. Le constructeur chinois le présente comme un « partenaire de travail superpuissant ». Reste à voir ce que cette présentation démontre, et ce qu’elle laisse de côté.
Ce que Lenovo a annoncé le 30 octobre
En jeu pour vous : un assistant qui ne vous conseille plus seulement, mais qui touche à vos fichiers, vos messageries et vos réglages.
Selon le média chinois Qubit (QbitAI), Tianxi AI 4.5 est sorti sur les « AIPC », c’est-à-dire les ordinateurs vendus comme dotés de fonctions d’IA. Il suit les versions pour téléphone (20 octobre) et pour tablette (27 octobre). Lenovo couvre donc désormais trois types d’appareils avec le même assistant.
La nouveauté centrale s’appelle le « mode super ». Lenovo la décrit comme le passage d’un assistant de questions-réponses à un assistant « qui fait ». Concrètement, on donne un ordre en une phrase, et l’assistant découpe la demande en étapes puis les exécute d’une application à l’autre.
Pour cela, il s’appuie sur des « connecteurs », des passerelles qui lui permettent d’agir dans d’autres logiciels. Ceux cités sont Feishu et WeCom (deux messageries professionnelles chinoises) et le navigateur de Lenovo. Il se relie aussi à une « base de connaissances personnelle » qui mêle fichiers locaux et documents stockés en ligne.
En clair : Lenovo veut que l’assistant devienne une sorte de stagiaire numérique, capable d’ouvrir vos applications et d’y travailler à votre place.
Les trois scénarios mis en avant
En jeu : savoir si ces usages ressemblent à votre semaine de travail. Lenovo en met trois en avant : « bureautique », « réunions » et « déplacements ».
Au bureau. L’utilisateur demande par exemple de consulter les réunions, répartir des tâches, ranger une liste de choses à faire, chercher des documents sur plusieurs plateformes puis envoyer une notification à un groupe. Une « place des compétences » regroupe les connecteurs et les « skills » (des compétences préprogrammées), dont la création de présentations PowerPoint, que Lenovo dit avoir améliorée. Un « pack de contrôle du système 2.0 » permet de dire « mets mon ordinateur dans le meilleur état » : l’assistant règle alors seul la carte graphique, la consommation d’énergie et d’autres paramètres.
En réunion. Un outil nommé AI Miaoji transcrit la conversation en direct, avec des sous-titres que Lenovo compare à ceux d’une interprétation simultanée. L’assistant peut même participer au remue-méninges comme un « participant » à part entière : il donne son avis et propose des idées. On peut aussi l’interroger en pleine réunion : il répond à partir de la transcription en cours et marque les points importants. Après la réunion, il produit une fiche de synthèse, archivée et synchronisée entre appareils. La base de connaissances accepte désormais jusqu’à 20 fichiers par question, ainsi que des images.
En déplacement. Depuis un téléphone ou une tablette, on peut lancer à distance une tâche lourde sur le PC resté au bureau ou à la maison. La progression s’affiche, des notifications signalent la fin du travail, et l’on peut prévisualiser le résultat. Tianxi AI prend aussi en charge la voix « en duplex intégral » : on peut interrompre l’assistant en pleine phrase, comme avec une personne.
Lenovo mentionne enfin ses « AI hosts », des machines puissantes (le modèle P7 est cité) censées travailler 24 heures sur 24. Un mode « Auto » choisit, selon la difficulté de la tâche, entre un modèle d’IA en ligne et un modèle qui tourne sur la machine. Le but affiché est d’économiser les « tokens », ces petits morceaux de texte, à peu près un demi-mot chacun, dont la consommation fait la facture d’une IA.
Ce qui relève de la promesse commerciale
En jeu : distinguer une démonstration d’une preuve. Le texte de Qubit se lit comme une présentation de produit : il abonde en superlatifs (« surpuissant », « surprenant ») et reprend la formule de Lenovo selon laquelle l’assistant serait « le partenaire de travail le plus digne de confiance ».
Dans cette source, on ne trouve :
- aucune mesure de gain de temps (combien de minutes économisées par réunion, par exemple) ;
- aucun test indépendant, ni comparaison avec un autre assistant ;
- aucun taux d’erreur, alors qu’un assistant qui résume des réunions ou envoie des messages peut se tromper ;
- aucune précision sur les prix, ni sur la disponibilité hors de Chine.
Un détail compte pour un lecteur francophone : les connecteurs cités sont des applications surtout utilisées en Chine. La source ne dit pas si l’assistant fonctionnerait avec des outils que nous utilisons ici.
Le contexte commercial mérite aussi un regard critique. Intégrer l’IA au PC est un argument pour vendre de nouveaux ordinateurs. La source n’analyse pas ce marché et ne donne aucun chiffre de ventes : nous ne pouvons donc pas dire, sur cette base, si cette stratégie fonctionne. En revanche, la mise en avant d’une « stratégie unifiée » (un assistant, plusieurs appareils) montre que Lenovo veut vous garder dans son univers.
En clair : les scénarios sont plausibles et précis, mais l’annonce ne prouve pas qu’ils tiennent leurs promesses au quotidien.
Les questions à poser avant d’adopter un assistant intégré
En jeu : vos données de travail et votre contrôle sur elles. Un assistant qui « agit » a besoin d’accès, et plus il en a, plus ses erreurs coûtent cher. L’annonce reste muette sur plusieurs points.
- Quelles données lit-il ? La base de connaissances fusionne fichiers locaux et documents en ligne. Il faut savoir lesquels sont analysés, où ils sont traités et s’ils quittent l’appareil. Le mode « Auto » alterne entre un modèle en ligne et un modèle local : la source n’indique pas ce qui part vers le cloud.
- Que peut-il faire sans demander ? Envoyer un message à un groupe ou modifier des réglages système sont des gestes à conséquences. Rien ne dit s’il demande une confirmation avant d’agir.
- Qui règle l’assistant ? Un salarié peut-il le désactiver ? Son employeur peut-il imposer ou verrouiller des réglages ? La source ne dit rien de ces règles.
- Que devient la transcription des réunions ? Un assistant qui écoute, résume et participe suppose de prévenir les autres participants. La source ne mentionne ni consentement ni durée de conservation des enregistrements.
- Est-il installé d’office ? La source ne précise pas si Tianxi AI 4.5 est préinstallé ou s’il s’active à la demande.
Un test simple pour un indépendant ou une PME : commencer par une tâche sans enjeu (un résumé de réunion interne), comparer le résultat à vos propres notes, et mesurer le temps réellement gagné. C’est précisément la mesure que l’annonce ne fournit pas. Reste la question ouverte : combien de gains confirmeront les utilisateurs, et à quel prix pour leurs données ?
Sources
Pour aller plus loin Dossier : IA, emploi et formationDossier : Europe, Chine, États-Unis