AI Act : le filigrane d’Anthropic s’efface sur deux modèles Claude

Anthropic étend son filigrane à quatre modèles Claude pour l’AI Act, mais deux d’entre eux perdent la marque dès qu’un réglage change, selon The Decoder.

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Une feuille de texte portant une marque quasi invisible, dont un coin s’efface sous la main d’un curseur de réglage

Bruxelles veut que les textes écrits par une IA soient signalés d’ici décembre. Anthropic déploie donc un filigrane sur ses modèles Claude, mais, selon The Decoder, un seul réglage suffit à l’éviter sur deux d’entre eux. La transparence promise au lecteur dépend alors de choix techniques faits en coulisses.

Un filigrane de texte, c’est quoi ?

En jeu pour le lecteur : savoir si ce qu’il lit a été écrit par une machine. Sur une image, un filigrane est un logo posé en transparence. Sur un texte, rien ne se voit. Le filigrane est un motif statistique glissé dans le choix des mots : le modèle préfère légèrement certains mots à d’autres, selon une clé secrète. Un détecteur qui connaît la clé peut ensuite repérer ce motif.

Anthropic décrit un « motif imperceptible dans le choix des mots » qui ne change ni le sens, ni la qualité, ni la lisibilité. D’après The Decoder, il n’ajoute aucun caractère, ne modifie ni le prix ni le format des requêtes, et ralentit à peine la génération. Anthropic affirme aussi qu’il ne contient aucune information sur l’utilisateur, son organisation ou ses conversations.

Selon The Decoder, Anthropic utilise une variante de SynthID, la méthode de Google DeepMind. Celle-ci joue sur le hasard qui préside au choix de chaque mot pour produire une signature détectable. En clair : le texte a l’air normal, mais il porte une empreinte que seul un outil adapté sait lire.

Quatre modèles de plus, en vue de l’échéance de décembre

En jeu : le calendrier. Anthropic a écrit à ses clients de l’API, c’est-à-dire l’interface qui permet aux développeurs de brancher Claude dans leurs propres logiciels. Le message annonce le filigrane pour Claude Mythos 5, Claude Opus 4.7, Claude Opus 4.6 et Claude Sonnet 4.6. Des modèles plus récents, comme Claude Opus 5.5, le portent déjà. Sur Amazon Bedrock, le déploiement peut prendre quelques jours de plus.

Anthropic cite l’échéance de décembre de l’AI Act européen comme raison de ce rattrapage. D’après The Decoder, tous les modèles publiés après le 2 août 2026 sont sortis avec le filigrane dès le premier jour. Les plus anciens le reçoivent par étapes.

La marque est intégrée au modèle lui-même. Elle fonctionne donc sur toutes les plateformes qui l’hébergent, dont Amazon Web Services, Google Cloud et Microsoft Foundry. Selon le média, les clients ne peuvent pas la désactiver. Anthropic propose aussi une API de détection, pour l’instant en préversion privée, afin de vérifier la présence du filigrane.

La faille : un bouton de hasard sur deux anciens modèles

En jeu : la fiabilité de la marque. Sur Claude Opus 4.6 et Sonnet 4.6, Anthropic indique que le filigrane ne s’active que si les développeurs laissent trois réglages à leur valeur par défaut. Ces réglages s’appellent temperature, top_p et top_k.

Imaginez un bouton qui règle la part de hasard dans les réponses. À zéro, le modèle choisit toujours le mot le plus probable. Plus on tourne le bouton, plus il ose des mots moins attendus. Les trois paramètres sont trois façons différentes de tourner ce bouton. Or, d’après The Decoder, une modification mineure de n’importe lequel des trois suffit à éviter le filigrane.

Anthropic le dit lui-même dans son courriel : « Si vous comptez sur le filigrane pour votre propre conformité, gardez ces réglages à leurs valeurs par défaut. » C’est un avertissement, pas un correctif. À ce stade, selon la source, c’est la seule réponse de l’entreprise. Rien dans l’article ne permet de dire pourquoi la limite existe ni si elle est voulue. Il s’agit d’un fait rapporté, pas d’une intention établie.

Le courriel ne mentionne pas cette réserve pour Claude Mythos 5 ni pour Opus 4.7. The Decoder en déduit que la marque s’y applique quels que soient les réglages. Ce n’est qu’une déduction, pas une confirmation d’Anthropic.

Le média souligne un point : Opus 4.6 reste le meilleur modèle d’écriture d’Anthropic, devant même Opus 5.5. Le modèle le plus tentant pour rédiger des textes est donc justement l’un de ceux où la marque est la plus fragile.

Chaque laboratoire fait son propre choix

La comparaison éclaire le débat. D’après The Decoder, OpenAI a lancé en octobre 2026 son système textGrain. Il ne s’active par défaut que pour les utilisateurs européens de ChatGPT et de Codex. Les clients de son API, partout dans le monde, peuvent l’activer ou non, et il est livré désactivé. Google DeepMind a, de son côté, publié SynthID pour le texte en open source et l’a intégré aux modèles Gemini.

Trois laboratoires, trois façons de procéder, et aucune ne garantit à elle seule qu’un texte non marqué soit d’origine humaine. L’absence de marque ne prouve rien : elle peut venir d’un autre modèle, d’un réglage ou d’un texte réellement humain.

La qualité fait aussi débat. Le blogueur John Gruber estime que deux synonymes n’ont jamais exactement le même sens : choisir un mot selon une clé de filigrane plutôt que selon son adéquation dégrade forcément un peu la précision. Le site juridique Artificial Lawyer soulève un autre souci pour les cabinets d’avocats. Des clients qui ont interdit l’IA pourraient détecter la marque, et plusieurs filigranes superposés dans un même document pourraient poser problème.

Et pour une PME ou un indépendant européen ?

En jeu : qui porte la responsabilité. Une petite entreprise qui publie des textes générés par IA (fiches produits, articles, courriels) peut se demander si l’outil la met en règle. D’après la source, la réponse d’Anthropic est prudente : le filigrane aide, à condition de ne pas toucher aux réglages sur les modèles concernés.

L’article de The Decoder ne détaille pas ce que l’AI Act exige précisément des entreprises qui publient ces textes. Il ne dit pas non plus si un filigrane absent engage la responsabilité du fournisseur ou celle de l’utilisateur. Ces questions restent ouvertes dans cette source.

Quelques points à vérifier, concrètement :

  • quel modèle et quelle version votre outil utilise réellement ;
  • si un prestataire ou un logiciel intermédiaire modifie les réglages de hasard à votre insu ;
  • si le fournisseur documente sa méthode de marquage et son outil de détection.

La vraie question n’est peut-être pas technique. Un marquage que l’on peut éviter en changeant un seul réglage protège-t-il vraiment le lecteur, ou seulement le dossier de conformité de celui qui le déploie ? À décembre, on verra comment l’échéance sera lue, et si les laboratoires comblent l’écart d’ici là.

Sources

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