Élection de 2020 : l’IA de Google esquive la question du vainqueur

Ars Technica a testé le mode IA de Google : réponses évasives sur la présidentielle américaine de 2020, mais claires via VPN depuis la France. Que retenir ?

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Une barre de recherche géante projette l’ombre d’une urne, tandis que des panneaux pointent vers des bâtiments officiels lointains

Qui a gagné la présidentielle américaine de 2020 ? La question est simple et la réponse est établie. Pourtant, selon Ars Technica, le mode IA de Google a renvoyé vers des sources officielles au lieu de répondre, alors qu’il répondait clairement depuis d’autres pays. Google parle d’un défaut technique en cours de correction.

Ce qu’Ars Technica a constaté

Le journaliste d’Ars Technica a posé la question « Who won the 2020 presidential election? » au mode IA (AI Mode) de Google. Il l’a fait après avoir vu des plaintes sur les réseaux sociaux. La réponse ne nomme pas Joe Biden. Elle l’invite à consulter, pour les résultats officiels, le rapport de la Federal Election Commission (FEC), l’autorité américaine chargée du financement des campagnes et de la publication de données électorales.

Le même test sur la présidentielle de 2024 a donné une réponse comparable : un renvoi vers la FEC. Pour 2012, le mode IA a fourni un lien vers un site de données, The American Presidency Project, plutôt qu’une réponse directe. En revanche, il a donné des réponses détaillées et correctes pour toutes les autres présidentielles depuis 2000.

Le phénomène ne semble pas identique pour tout le monde. D’autres membres de la rédaction d’Ars ont obtenu des réponses directes pour certaines élections et des liens pour d’autres. Les années concernées différaient selon l’utilisateur : l’un d’eux n’a reçu de réponse immédiate que pour 2016 et 2024, tandis que d’autres, en remontant jusqu’à 2000, n’ont obtenu que des liens.

Les questions sur le Sénat ont montré la même irrégularité. Interrogé sur le parti qui contrôlait le Sénat après les élections de 2020, le mode IA a conseillé de « consulter les registres officiels du Congrès » et a renvoyé vers une page d’historique du Sénat. Pour 1992, il a répondu directement : une majorité démocrate de 57 sièges contre 43, avec Wikipédia parmi ses références.

Autre point relevé par Ars : le modèle Gemini de Google, ChatGPT d’OpenAI, Claude d’Anthropic et même le modèle du site gouvernemental America.gov donnent sans difficulté le vainqueur des dernières présidentielles.

Un contraste selon le pays

C’est le détail que le journaliste juge « peut-être révélateur ». Les difficultés semblaient disparaître quand le mode IA était consulté depuis l’étranger. Des vérifications ponctuelles par VPN, depuis Taïwan, la Russie, la France et le Canada, ont toutes produit des réponses exactes et directes à plusieurs questions sur les résultats électoraux américains.

Il faut lire ce résultat avec prudence. Ars parle de « spot checks », des contrôles ponctuels, pas d’une étude systématique. Un VPN modifie aussi la localisation apparente, sans reproduire tout ce qui distingue deux utilisateurs. Et l’article ne dit pas pourquoi la localisation changerait quelque chose.

Un autre comportement brouille encore le tableau. Quand le journaliste a répété ses questions, le mode IA a fini par donner le vainqueur des trois élections pour lesquelles il n’avait d’abord fourni que des liens. Cette fois, il citait des données de Google Civics. Une même question, posée deux fois au même endroit, a donc donné deux types de réponse.

Les explications de Google, et leurs limites

Interrogé sur ce silence, le mode IA a lui-même évoqué des « filtres de sécurité » très stricts pour les sujets électoraux récents et sensibles. Selon lui, son système est « fortement automatisé » pour orienter vers des bases de données officielles et éviter d’afficher des données non vérifiées. Ars rappelle toutefois que les modèles d’IA se sont montrés peu fiables pour décrire leur propre fonctionnement interne. Cette explication ne peut donc pas être prise pour argent comptant.

Google a aussi fourni une réponse officielle. Sur sa page de politique publique consacrée aux élections, l’entreprise dit privilégier les informations faisant autorité, avec des liens directs vers des ressources officielles. Un billet de blog de septembre sur les élections de mi-mandat à venir promet de « mettre en avant les ressources officielles ». Dans ce cadre, un renvoi vers la FEC n’a rien d’étonnant sur le papier.

Un porte-parole a d’abord indiqué que l’application Gemini répond plus complètement, mais que ce n’était pas la réponse la plus utile sur Search. Il a ensuite affirmé que Google « corrige le problème » pour les requêtes sur 2020 dans le mode IA. Selon lui, les systèmes vérifient les réponses électorales avec des articles de presse ou des données de l’Associated Press pour les scrutins récents, et avec des archives historiques pour les plus anciens. Il a parlé d’une « lacune technique » concernant 2020, également présente pour les sénatoriales de 2022, qui doit être traitée dans la même mise à jour.

On peut noter que ces deux explications ne sont pas identiques. D’un côté, des filtres volontairement stricts, selon la réponse générée par le mode IA. De l’autre, un défaut de vérification, selon le porte-parole. Ars ne tranche pas, et les sources ne permettent pas de le faire. Prêter à Google une intention précise serait donc hasardeux. Le contexte, lui, est documenté : en 2023, YouTube, propriété de Google, a levé son interdiction des vidéos contenant de fausses affirmations sur l’élection de 2020. La plateforme estimait que retirer ces contenus pouvait limiter le débat politique sans réduire de façon mesurable les risques de violence.

Questions restées ouvertes : pourquoi les années concernées varient-elles d’un utilisateur à l’autre ? Pourquoi la localisation semble-t-elle jouer ? Et pourquoi la répétition de la question suffit-elle à débloquer la réponse ? Aucune source fournie ne l’explique.

Ce que cela change pour un lecteur francophone

L’épisode ne dit pas que l’IA de Google « refuse de reconnaître » un résultat. Il montre qu’un même outil peut répondre différemment selon la question, le moment, l’utilisateur et peut-être l’endroit d’où il est consulté. Cela suffit à relativiser toute réponse isolée.

Quelques réflexes en découlent :

  • Reposer la question et la reformuler. Ars a constaté qu’une seconde tentative pouvait changer le résultat.
  • Comparer plusieurs outils. Dans ce test, Gemini, ChatGPT et Claude répondaient directement là où le mode IA renvoyait des liens.
  • Aller aux sources primaires sur les sujets politiques : autorités électorales, archives officielles, agences de presse. C’est d’ailleurs ce que le mode IA recommandait, à sa manière.
  • Ne pas généraliser. Ces tests datent du jour de l’enquête d’Ars. Google affirme préparer un correctif, donc le comportement peut déjà avoir changé.

Une réponse prudente n’est pas une réponse fausse, mais un renvoi vers une source n’est pas une information non plus. Et une réponse assurée n’est pas forcément exacte. Dans les deux cas, c’est au lecteur de recouper.

Ce que vous pouvez observer concrètement : posez la même question factuelle et politique à deux ou trois assistants IA, depuis votre ordinateur puis votre téléphone, et notez les écarts. Dites-vous alors que la réponse que vous lisez est l’une des réponses possibles, pas la seule.

Sources

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